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Le Bitcoin : nouvelle valeur refuge ou (nouvelle) hérésie financière

 

Alors que la planète n’en était qu’au début de la crise des subprimes et n’avait pas encore vu venir la crise de la dette publique dans les pays développés, l’ingénierie financière avait déjà pondu sa toute dernière innovation : une monnaie entièrement dématérialisée prénommée le Bitcoin. Créé en 2008 par un certain Satoshi Nakamoto, pseudonyme qui campe déjà toute l’opacité qui règne autour de cette monnaie, et opérationnel en 2009 le Bitcoin n’a pas cessé de monter en puissance depuis lors, s’attirant au passage les critiques de nombreux économistes tels que Paul Krugman.

Le 20 juillet 2010, un Bitcoin valait 0,08 dollar américain[1]. Au cours de clôture du vendredi 8 novembre 2013, il valait 333,50$. Si la variation du cours du Bitcoin a été assez erratique depuis son lancement, l’appréciation de son cours est, elle, bien évidente. Cette incroyable progression qui, toutes proportions bien gardées, ressemble à celle de l’or vis-à-vis du dollar ferait donc du Bitcoin une nouvelle valeur refuge pour des investisseurs désireux de ne pas subir une dépréciation massive de leurs actifs libellés en une monnaie qui se retrouverait attaquée par des spéculateurs doutant de sa valeur. Autre similitude avec l’or : l’offre de nouveaux bitcoins est limitée. En effet, les lignes de codes qui sous-tendent le Bitcoin prévoient un plafond fixé à 21 millions de bitcoins[2]. Dès lors, tant que la demande de bitcoins reste stable, le cours devrait continuer à s’apprécier.

Toutefois, malgré quelques avantages remarquables (pour le moment) comme l’absence de taxes, des frais d’utilisation ridicules comparés à des services substituables tels que les transferts de monnaie via Western Union ou PayPal, des doutes importants, quant à sa gouvernance notamment, suggèrent que le Bitcoin pourrait être plus nocif qu’autre chose. En effet, il semble que rien ne contrôle le Bitcoin. Il n’y a aucune supervision exogène de cette monnaie. Son cours est uniquement l’expression des forces du marché, ce qui renforce la volatilité inhérente du Bitcoin. Or, l’histoire récente (ainsi que de nombreux écrits !) nous montre que les marchés ne sont pas (et les marchés de devises tout particulièrement) autorégulateurs. Ainsi, accorder sa confiance à une monnaie qui n’émane pas d’une banque centrale et dont la valeur n’est pas garantie par des institutions nationales ou supranationales est la première étape de l’euphorie d’un nouveau cycle qui se terminera par une crise de plus ou moins grande envergure[3].

Le Bitcoin : une innovation financière à ignorer voire proscrire

Compte tenu de son offre relativement limitée, si cela semble éradiquer tout risque d’inflation d’ordre monétaire, le Bitcoin a en revanche une tendance implicitement déflationniste. En effet, si le prix du Bitcoin semble devoir augmenter sur le long terme, tous les agents détenant des actifs libellés dans cette monnaie vont attendre avant de les revendre en espérant faire du profit, ce qui retarde la consommation et donc déprime la conjoncture économique. Alors certes, pour l’instant le Bitcoin n’est répandu qu’auprès d’investisseurs sophistiqués et une crise de cette monnaie ne semble pas devoir porter préjudice aux « vraies » devises de ce monde mais pourquoi tenter le diable ? D’autant plus que le Bitcoin n’est pas une monnaie de paiement très répandue, ce qui limite considérablement son utilité au quotidien.

Le Bitcoin est au mieux une innovation inutile, au pire la nouvelle arme de destruction massive financière. Si la réalité se situe très probablement entre ces deux options, il serait bon que les différents gouvernements ne soient pas attentistes et empêchent une nouvelle crise, quelle que soit sa virulence. En somme, mieux vaudrait déjà ériger le Bitcoin au rang de relique barbare.



[2] Plus d’informations sur le fonctionnement du Bitcoin : http://bitcoin.org/en/faq

[3] Pour plus de détails concernant l’anatomie des crises financières, lire Manias, Panics and Crashes de Charles Kindleberger

About Romain GRIMAL

Etudiant à HEC, passionné d'économie, européen convaincu et citoyen du monde... Ah non, c'est plus possible, Gérard a pourri ce terme! N'hésitez pas à laisser une critique!

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