Coopération militaire entre le Japon et l'Australie : un véritable numéro d'équilibriste
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Coopération militaire entre le Japon et l’Australie : un véritable numéro d’équilibriste

 
Malcolm Turnbull et Shinzo Abe à Tokyo

La visite du Premier ministre australien, Malcolm Turnbull, au Japon jeudi 18 janvier 2018 devait, entre autres, faire avancer les négociations en vue d’une coopération militaire plus étroite entre les deux pays. Le pacte, auquel les deux Etats travaillent depuis 2014, doit renforcer leur capacité de défense conjointe dans un contexte de menace nord-coréenne et chinoise. Il marquerait une première pour le Japon, jusque-là limité par sa constitution pacifiste, et s’inscrirait dans une suite d’accords économiques entre les deux pays. Toutefois, ce jeu pourrait s’avérer complexe, l’Australie étant très dépendante de ses relations commerciales avec la Chine, qui tente de s’imposer en acteur dominant de l’Asie-Pacifique.

Une opportunité majeure pour le Japon

La rencontre entre le Premier ministre japonais Shinzo Abe et son homologue australien doit faciliter la signature d’un accord permettant l’organisation d’entraînements militaires conjoints et, potentiellement, le stationnement de troupes australiennes au Japon. Pour Shinzo Abe, cet accord constituerait une grande victoire géopolitique, alors qu’il tente de mettre un terme au pacifisme inhérent à la constitution japonaise imposée par les Etats-Unis à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Cette quasi-alliance le serait d’autant plus que le Japon était jusque-là limité à son alliance avec les Etats-Unis, conformément au traité de San Francisco (1951). L’accord avec l’Australie s’inscrit dans un contexte de menace nucléaire nord-coréenne croissante et marque la volonté du Japon de peser dans le jeu régional sans dépendre uniquement de son parrain américain. Il renforcerait également la position du Japon face à une Chine cherchant à imposer son hégémonie en mer de Chine, où un conflit maritime l’oppose au Japon au sujet des îles Senkaku (Diaoyu en chinois). Plus généralement, cette coopération avec l’Australie participe du projet de « diamant de sécurité » énoncé par Shinzo Abe en 2012, une coopération entre le Japon, l’Australie, l’Inde et les Etats-Unis, destinée à freiner les visées expansionnistes chinoises dans l’espace indopacifique. Avec le retrait géopolitique et économique américain annoncé par Donald Trump (notamment la sortie du TPP), une coopération militaire plus étroite entre le Japon et l’Australie pourrait redonner corps à ce dessein géopolitique japonais. Enfin, un tel accord accélèrerait la normalisation géopolitique que les dirigeants nationalistes japonais appellent de leurs vœux depuis plusieurs décennies. Handicapé par son comportement en Asie-Pacifique durant la Seconde Guerre mondiale (spécifiquement entre 1937 et 1945), le Japon n’a jusqu’à présent pas retrouvé un rôle géopolitique majeur.

La Chine complique la position australienne

L’Australie, dont la prospérité économique dépend de la liberté de navigation, voit, elle aussi, dans cet accord un moyen de limiter le danger émanant de la Corée du Nord et de réfréner les ambitions chinoises en mer de Chine méridionale, à l’heure où la présence américaine se fait plus rare. La revendication par la Chine de nombreux îlots (en particulier dans les archipels des Paracels et des Spratleys) pourrait conduire, si la Chine parvenait à s’y imposer, à une restriction substantielle de la liberté de navigation internationale. Cependant, l’Australie est forcée de jouer un difficile numéro d’équilibriste. En effet, la Chine est son premier partenaire commercial et lui offre ses principaux excédents grâce à l’exportation de minerai de fer et de charbon nécessaires à la forte croissance chinoise. En décembre 2015, les deux pays ont même signé un accord de libre-échange, le ChAFTA, qui a, en particulier, favorisé les exportations de produits agricoles australiens. L’Australie n’est donc pas à l’abri de pressions chinoises. La Chine, qui voit d’un très mauvais œil la remilitarisation du Japon ainsi que sa normalisation géopolitique, était, par exemple, parvenue en 2014 à pousser l’Australie à renoncer à l’achat de sous-marins japonais. Les négociations sur une coopération militaire australo-nippone avait été particulièrement affectées.

About Adrien VILLARD

Etudiant à HEC Paris, ancien élève de prépa ECS au Lycée Privé Sainte-Geneviève à Versailles

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