L'Union européenne, soupape de sécurité au Proche-Orient ?
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L’Union européenne, soupape de sécurité au Proche-Orient ?

 

A l’initiative de l’Union européenne et de la Norvège, et suite à la menace des États-Unis de geler leur contribution aux fonds de l’UNWRA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East), les pays donateurs à l’Autorité palestinienne se sont réunis mercredi 31 janvier 2018 à Bruxelles.

Donald Trump et Mahmoud Abbas

Un ultimatum

En agitant l’argument financier, Donald Trump espère forcer l’Autorité palestinienne à revenir à la table des négociations qu’elle avait quittée suite à la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël. Non seulement cette table des négociations s’annonce inéquitable au vu de l’appui des États-Unis, mais l’Autorité palestinienne dénonce depuis plusieurs années une violation des accords d’Oslo de la part d’Israël (1). En réalité, ce n’est pas la première fois que la question financière sert de moyen de pression. En 2015 déjà, lors de l’adhésion de la Palestine à la Cour pénale internationale, Israël avait bloqué le versement d’aides financières, mettant en péril le paiement des salaires de fonctionnaires palestiniens (2).

L’Autorité palestinienne n’est elle-même pas étrangère à l’utilisation de pressions financières. Dans le cadre des négociations avec le Hamas, elle a cessé le paiement des factures d’électricité de la bande de Gaza. L’enclave a connu une restriction de la fourniture d’électricité par Israël de juin 2017 à janvier 2018. Si un accord de réconciliation entre le Hamas et le Fatah a été signé en octobre 2017, Israël pose néanmoins comme condition à toute négociation avec un gouvernement d’union nationale, la reconnaissance de son État par le Hamas et le désarmement de ce dernier. Or, face à l’inflexibilité du Hamas, ces conditions ne peuvent mener qu’à une impasse, compromettant les négociations Israélo-palestiniennes et la stabilité-même de la Cisjordanie.

Un médiateur frileux

La Commission européenne a donc décidé d’adopter un nouveau plan d’aide à hauteur de 42,5 millions d’euro en soutien à la « construction d’un État palestinien démocratique et responsable » (3) et à la présence palestinienne à Jérusalem-Est (4). Mais ce jeu des chaises musicales suffira-t-il à éviter une déstabilisation de la région ? Entre la fragilité des institutions palestiniennes et le blocus de la bande de Gaza, les aides financières à l’Autorité palestinienne et les programmes de l’UNWRA sont plus que nécessaires pour éviter l’implosion de la région. Elles ne représentent cependant que des solutions à court terme. Quand on s’intéresse à un contexte aussi complexe que le Proche-Orient, avec un conflit enlisé depuis presque 70 ans, il est difficile de penser qu’une simple aide financière puisse construire une paix durable, ou tout le moins maintenir un statu quo.

D’une certaine façon l’Union européenne s’achète une bonne conscience et renforce son image de médiateur en faveur d’un processus de paix. En faisant sortir le triangle Israël-Autorité palestinienne-États-Unis du jeu de l’ultimatum, l’UE pourrait bien éviter une escalade de la tension. Cependant, face à la demande de Mahmoud Abbas de reconnaître le statut d’État à la Palestine, l’UE se heurte aux divergences d’opinion de ses 28 pays membres. Pour éviter une crise de légitimité interne, la solution financière reste donc, encore une fois, le seul outil que la prudence politique autorise quand il s’agit du Proche-Orient.

Sources :

(1) Discours de Mahmoud Abbas lors de la 70è session de l’Assemblée générale des Nations Unies, septembre 2015

(2) Stéphanie Maupas et Hélène Sallon, « La Palestine devient le 123e membre de la Cour pénale internationale », Le Monde, 01 avril 2015 disponible sur http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/04/01/la-palestine-devient-le-123e-membre-de-la-cour-penale-internationale_4607170_3218.html

(3) « Un nouveau programme d’aide européen de 42,5 millions d’euros en faveur des Palestiniens » RTBF.be, 31 janvier 2018, disponible sur https://www.rtbf.be/info/monde/detail_un-nouveau-programme-d-aide-europeen-de-42-5-millions-d-euros-en-faveur-des-palestiniens?id=9826994

(4) Commission européenne – Communiqué de presse, Nouveau programme d’aide en faveur de la Palestine: l’UE s’engage fermement à soutenir le renouveau socio-économique de Jérusalem-Est, disponible sur http://europa.eu/rapid/press-release_IP-18-368_fr.htm

About Isabelle Kemmel

Isabelle Kemmel est diplômée de l'IRIS, de l'Institut d’Études Européennes de l'université de Malte et de l’École de Sciences Politiques de l'université de Bologne. Elle s'intéresse aux relations internationales et plus particulièrement à la place du social dans la stratégie politico-militaire.

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