La migration comme outil de pression diplomatique
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La migration comme outil de pression diplomatique

 

Les flux migratoires importants et non-contrôlés sont particulièrement redoutés par les pays de transit et d’accueil qui font face à des difficultés de gestion dans des temps très courts. C’est ainsi qu’un simple phénomène migratoire exacerbé peut se transformer en un outil de pression diplomatique.

Ouvrir ou fermer les frontières ?

L’utilisation de cet outil diplomatique n’est pas rare. On peut citer la pression exercée par Cuba sur le Pérou et les États-Unis en avril 1980 lors de l’exode des marielitos, ou les demandes de subventions du colonel Kadhafi à l’Union européenne dans le but de sécuriser les frontières libyennes. Plus récemment, la Turquie menaçait l’Union européenne de ne pas respecter le pacte migratoire de mars 2016, si celle-ci n’abolissait pas les visas Schengen pour les citoyens turcs.

Les trois décrets anti-immigration signés par le président Donald Trump entre le 27 janvier et le 25 septembre 2017 ne visent cependant pas à accentuer un flux migratoire mais à l’endiguer. En limitant aux ressortissants de huit pays l’accès au sol américain, Donald Trump entend appliquer une sanction politique. Les pays concernés par la troisième version du décret sont l’Iran, le Tchad, la Libye, la Syrie, le Yémen, la Somalie, le Venezuela et la Corée du Nord. L’administration américaine déplore une coopération insuffisante en matière de sécurité et de partage d’information avec ces pays.

Ouverture des négociations

L’annonce de la signature du premier décret n’a pas manqué de susciter des réactions à l’international. L’Iran a rapidement annoncé la fermeture de ses frontières aux ressortissants américains pour plusieurs mois. Les députés irakiens ont également fait pression en menaçant le gouvernement américain de réciprocité. Après d’intenses négociations, l’Irak a été retiré de la liste en mars 2017. L’implication du premier ministre irakien, le rôle de l’Irak dans la lutte contre Daech et l’intensification de la coopération en matière de sécurité ont pesé dans la balance. Le Soudan en est également sorti en septembre 2017 après le soutien des Émirats arabes unis. Les points-clés des négociations : l’assurance de contrôles de sécurité accrus des voyageurs, le soutien du Soudan à la coalition internationale au Yémen et la perspective du développement de relations bilatérales entre le Soudan et les USA.

A trop presser le citron…

Aussi controversées soient-elles, les pressions exercées par Donald Trump sur les pays concernés par le décret ont déjà pu porter quelques fruits. Cependant, huit pays qui connaissant déjà des relations diplomatiques tendues avec les USA figurent toujours sur la liste. Il reste à espérer que les conseillers du président Trump connaissent les enjeux d’un dilemme de la sécurité.

Pour aller plus loin : Perrin, Delphine. « Les migrations en Libye, un instrument de la diplomatie kadhafienne », Outre-Terre, vol. 23, no. 3, 2009, pp. 289-303.

 

About Isabelle Kemmel

Isabelle Kemmel est diplômée de l'IRIS, de l'Institut d’Études Européennes de l'université de Malte et de l’École de Sciences Politiques de l'université de Bologne. Elle s'intéresse aux relations internationales et plus particulièrement à la place du social dans la stratégie politico-militaire.

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