Medellín, l’urbanisation sociale contre la violence
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Medellín, l’urbanisation sociale contre la violence

 

La ville de Medellín, berceau du célèbre trafiquant de drogue Pablo Escobar, a connu un fort taux de criminalité et d’homicide dans les années 1980 et 1990. Elle avait même acquis le triste titre de ville la plus violente du monde. Une vingtaine d’années plus tard, pourtant, elle est élue la plus innovante par le Wall Street Journal.

Face à la violence, une approche globale

Pendant plus de 50 ans les autorités colombiennes ont dû faire face à de nombreux groupes paramilitaires et cartels. Pour regagner le contrôle des territoires délaissés par les pouvoirs publics ou devenus inaccessibles aux autorités locales, le président colombien Alvaro Uribe a initié en 2002 une politique de sécurité démocratique, et en 2006 une politique de consolidation de la sécurité démocratique. La particularité de ces deux politiques réside dans le fait qu’elles mêlent l’approche sécuritaire avec une reconstruction sociale, entre le hard power et le soft power. C’est ce qu’on appelle l’approche globale : elle prend en compte toutes les dimensions de la sécurité humaine telle que définie par le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) en 1994.

Un projet urbain intégré

Parallèlement à ces deux politiques d’envergure nationale, les autorités locales de la ville de Medellín ont mis en place un projet urbain intégré. C’est-à-dire un projet qui prend en compte les dimensions sociales, économiques et environnementales du développement urbain. En plus du fort taux de violence, c’est une ville qui connait des contraintes géographiques du fait de son emplacement sur une montagne et de sa forte densité de population. Il était donc nécessaire d’adopter une approche holistique et positive. Cela s’est traduit par un investissement dans les infrastructures de transports publics, les structures éducatives et culturelles, les structures de santé et les espaces naturels aménagés. Les premiers investissements ont ciblé les quartiers les plus pauvres, dans le but de réduire les inégalités sociales qui, selon l’ancien maire Sergio Fajardo, servaient de terreau fertile aux violences. En effet, de nombreux secteurs informels apparus suite à l’afflux de migrants venant des campagnes ou des zones de combat, ne bénéficiaient pas des infrastructures de base.

Un succès qui fait des émules

Depuis, le taux d’homicide a été réduit de 95% et le taux de pauvreté a également connu une diminution. Le travail d’intégration des quartiers pauvres et des habitants dans la vie urbaine effectué à Medellín est même devenu un exemple à l’international. Le Medellín Lab, notamment, est un projet soutenu par la Banque Mondiale et la Fondation Rockefeller qui vise à partager les principes de cette réussite. Il ne faut toutefois pas se reposer sur ses lauriers. La paix sociale à Medellín n’est pas encore consolidée. Les nouveaux groupes émergents, les Bacrim, pourraient bien la menacer.

 

Pour aller plus loin :

 

About Isabelle Kemmel

Isabelle Kemmel est diplômée de l'IRIS, de l'Institut d’Études Européennes de l'université de Malte et de l’École de Sciences Politiques de l'université de Bologne. Elle s'intéresse aux relations internationales et plus particulièrement à la place du social dans la stratégie politico-militaire.

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