La République démocratique du Congo, un géant africain instable
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La République démocratique du Congo, un géant africain instable

 

La République démocratique du Congo (RDC) n’a jamais connu d’alternance politique depuis son indépendance obtenue le 30 juin 1960. Plus grand pays d’Afrique subsaharienne avec une superficie de plus de 2 millions de km2, et premier pays francophone au monde avec presque 80 millions d’habitants, la RDC s’enfonce dans une crise entretenue par le président Joseph Kabila au pouvoir depuis dix-sept ans. Cette volonté indéniable de rester au pouvoir est à l’origine d’un mécontentement grandissant au sein de la population, dans un contexte de marasme économique. Ainsi, en dépit de ses grandes richesses minières, l’État demeure gangrené par la pauvreté. La répression, qui s’est accentuée au cours des derniers mois, ne permet pas une amélioration de la situation.

Dans quelle mesure cette stratégie de la violence, face à la contestation populaire, permet-elle de conforter le pouvoir actuel ? Pourquoi la communauté internationale reste-elle silencieuse face à cette crise ?

L’instrumentalisation du désordre

Répression meurtrière d’une marche à Kinshasa le 21 janvier 2018

La crise électorale et le mécontentement général ont multiplié les zones de tension en RDC, particulièrement dans la partie orientale qui n’a jamais vraiment été pacifiée depuis la fin des années 1990, malgré la présence de la Mission de l’Organisation des Nations-Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), forte de 18000 casques bleus.

Ces contestations se sont propagées vers l’Ouest du pays. Le gouvernement profite de la diversité ethnique pour raviver des conflits instrumentalisés par des élites politiques qui entretiennent des liens étroits avec certains groupes armés afin de sécuriser leur appui politique et leur allégeance.

Un telle vague de tensions, et d’affrontements, dans les provinces permettrait de justifier une violence d’État contre l’opposition, ce qui rendrait impossible la tenue d’élections futures, et par conséquent prolongerait davantage le second mandat de Joseph Kabila. Ce dernier pourrait en outre bénéficier avec ses partisans des recettes tirées des nouvelles taxes sur le cobalt imposées par le nouveau Code minier promulgué le 9 mars 2018.

Un désintérêt de la communauté internationale propice au maintien du régime

L’Église semble se positionner comme la principale opposition au régime, en plus de la timide pression exercée par la communauté internationale. En effet, les sanctions imposées par l’Union européenne et les États-Unis contre des hauts responsables du régime (à savoir l’interdiction d’entrer sur les territoires européen et américain et le gel de leurs avoirs) n’ont pas empêché la multiplication des exactions contre la société civile et l’Église. L’efficacité de ces sanctions est par conséquent remise en cause.

De son côté, l’ONU ne parvient pas, par l’intermédiaire des casques bleus, à résoudre les querelles ethniques dans l’Est du pays. La tâche devient plus ardue avec l’apparition de nouvelles oppositions à l’Ouest, d’autant plus qu’un redéploiement des forces onusiennes dans cette partie occidentale n’est semble-t-il pas d’actualité.

Cette crise apparaît donc comme un dilemme difficilement solvable, une crise permanente qui reste en marge des problématiques majeures aux yeux de la communauté internationale. L’appel à contributions lancé par l’ONU en janvier 2018 pour répondre à la crise humanitaire est resté inaudible, les acteurs de la communauté internationale semblant plus sensibles à la question syrienne ou aux crimes subis par les Rohingyas. Par ailleurs, le régime de Joseph Kabila bénéficie du soutien de la Chine, ce qui rendrait délicate l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité.

Un tel environnement est donc favorable à la pérennité du régime, même si de nouvelles élections sont prévues pour le 23 décembre 2018. Les tensions politiques restent vives au sein du pays, et les difficultés socio-économiques pourraient constituer une réelle source de préoccupation pour l’Occident qui risquerait de faire face à l’explosion démographique de la RDC et à une arrivée massive de jeunes en quête d’un avenir meilleur.

About Marvin ADEDIRAN

Marvin Adediran est diplômé en Droit public mention Défense et Sécurité. Intéressé par les enjeux sécuritaires en Afrique et au Moyen-Orient, et par l'ensemble des questions de Défense.

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