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L’enclave de Cabinda, enjeu d’intérêts croissants

 

Pour ce petit bout de territoire niché entre les deux Congo, l’instabilité est permanente depuis des décennies. Séparé territorialement de l’Angola, qui l’a annexé depuis son indépendance, en 1975, il reste sujet à des velléités sécessionnistes de la part de mouvements n’ayant jamais reconnu la domination angolaise. Sur fond d’enjeux économiques importants.

Historiquement, l’Angola et le Cabinda étaient détenus par le Portugal : le premier était une colonie, le second un protectorat, qui plus est ne parlant pas majoritairement le portugais. Dès les années 1950, des explorations en haute mer sont menées et font état d’une richesse pétrolière immense pour cette petite région. Alors rattaché à l’Angola, il fait l’objet de mouvements internes souhaitant son indépendance, mouvements officiellement connus sous le nom de Front de Libération de l’Etat de Cabinda, ou FLEC.

Tout évolue avec l’indépendance de l’Angola en 1975. Le parti majoritaire, le Mouvement Pour la Libération de l’Angola, le MPLA (dirigeant le pays encore aujourd’hui), se déclare parti unique. Le premier chantier postindépendance du MPLA n’est cependant pas de régler la situation face aux séparatistes cabindais. Le territoire principal angolais traverse en effet une très longue guerre civile, engagée depuis l’indépendance, et opposant le MPLA, soutenus par les Soviétiques et les Cubains, au mouvement UNITA soutenu par les Américains. C’est ainsi que durant toute cette guerre, les désaccords sont demeurés profonds, y compris au sein du FLEC qui se scinde de nombreuses fois et les pourparlers infructueux.

Un séparatisme toujours compromis du fait d’une richesse économique indéniable

Ce même processus d’attraction-répulsion perdure encore jusqu’à aujourd’hui, sur fond d’exactions commises au Cabinda, de processus de paix inachevés, de multiples départs de réfugiés vers les pays voisins. En 2010, le FLEC s’illustra par un attentat visant la délégation de football togolaise. Celle-ci devait participer à la Coupe d’Afrique des Nations se déroulant en Angola (quelques matchs étant d’ailleurs prévus en Cabinda, pour réaffirmer l’appartenance de ce territoire à l’Angola).

L’Angola ne veut pas lâcher ce petit territoire du fait de la richesse de son sous-sol. En effet, on peut estimer que plus de la moitié des réserves de pétrole angolaises se trouvent en territoire… cabindais. Les enjeux politiques y sont donc très importants, certaines firmes occidentales implantées sur place n’ayant guère hésité à soutenir par le passé la domination angolaise en Cabinda. Côté cabindais, une indépendance permettrait de profiter des revenus énormes tirés du pétrole, car, pour l’instant, la redistribution angolaise vers le Cabinda est encore faible. Le Cabinda demeure ainsi, paradoxalement, peu développé par rapport au reste du pays.

Ainsi, malgré l’attaque de 2010, la guerre au Cabinda reste largement mal connue et comprise, alors qu’elle fait pourtant rage depuis bientôt quarante ans. Sa résolution s’avère encore peu imaginable, étant donnée la domination du MPLA sur la politique angolaise sur la même période. Un MPLA pas du tout prêt à lâcher une telle source de revenus.

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d'HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d'un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l'Association Les Yeux du Monde

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