Rétrospective 2014 : Tunisie, Égypte, Libye... Où en sont les pays du Printemps arabe ?
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Rétrospective 2014 : Tunisie, Égypte, Libye… Où en sont les pays du Printemps arabe ?

 

Hivers islamistes, révolution avortée, chaos sécuritaire…. Après leur début prometteur et l’éviction d’autocrates au pouvoir depuis des décennies, les Printemps arabes ont rapidement suscité de très vives déceptions. Plus de quatre ans après le début de la révolution du Jasmin, inaugurée par l’immolation le 17 décembre 2010 de Mohammed Bouazizi, que reste-t-il de ce mouvement, des craintes et des espoirs qu’il a suscité ? Retour sur trois pays emblématiques : la Tunisie, l’Égypte et la Libye.

Le printemps arabe : attentes réalisées et déçues
Le printemps arabe : attentes réalisées et déçues

La Tunisie est indéniablement l’expérience la plus aboutie du Printemps arabe. L’actualité nous en offre l’illustration vu que, pour la première fois depuis l’indépendance du pays en 1956, le pays a élu démocratiquement son président dimanche 21 décembre. Avec 55,68% des voix, Béji Caïd Essebsi, candidat de l’alliance laïque Nidaa Tounès, stabilise un peu plus la révolution du Jasmin. Celle-ci avait été critiquée pour avoir amenée au pouvoir le parti Ennahda, formation politique islamo-conservatrice. Ce dernier, face à une situation économique dégradée et surtout l’assassinat de deux figures de l’opposition, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, a préféré s’écarter du pouvoir au profit d’un gouvernement de techniciens mené par Mehdi Jomaa. Les islamistes n’en tireront cependant que peu de fruits électoraux vu qu’ils accuseront un fort recul lors des législatives d’octobre 2014, terminant deuxième derrière Nidaa Tounes. Si printemps arabe il y a eu et persiste encore, c’est bien un printemps tunisien.

En étant un brin provocateur, on pourrait considérer que seule l’Égypte a accompli sa révolution. Le terme désigne en effet « le mouvement d’un objet autour d’un point central, le ramenant périodiquement au même point ». L’Égypte a connu bien de profonds bouleversements depuis le début de la révolution du Nil le 25 janvier 2011 ; de même, elle semble se rapprocher chaque jour un peu plus de son point de départ. Le 11 février 2011, son chef d’État depuis 1981, Hosni Moubarak, se trouvait acculé à la démission. La conduite de l’État et de son gouvernement fut désormais assurée par les Frères musulmans, victorieux aux élections législatives (janvier 2012) puis présidentielles (18 juin 2012). Le nouveau président Égyptien, Mohamed Morsi, s’enferma dès lors dans un exercice du pouvoir de plus en plus solitaire alors que la conjoncture économique elle, ne va pas aller en s’améliorant. Un an plus tard, il se fait destituer par l’armée qui reprend le contrôle via l’élection du général Abdel Fattah al-Sissi à la présidence du 8 juin 2014. S’ensuit dès lors une période de répression très forte envers les Frères musulmans tandis que parallèlement, les affaires juridiques d’Hosni Moubarak prennent un tour bien plus favorable. Il apparaît dès lors difficile de contredire ceux affirmant que pour l’Égypte, le Printemps arabe s’est soldé par un véritable retour à la case départ.

La Libye est clairement celle qui a le plus douché d’espoirs. Elle partait de loin, avec un autocrate particulièrement violent, en place depuis 42 ans. Et pourtant, la victoire de sa révolution du 17 février, proclamée le 30 octobre 2011 (Kadhafi étant mort le 27), a donné des résultats inattendus. Alors que ses prédécesseurs du Printemps arabe ont tous été, en premier lieu, gouvernés par des partis islamistes, la Libye faisait figure d’exception car dirigée par une majorité de libéraux au Congrès général national. Le nouveau parlement n’a été élu que le 25 juin 2014, permettant l’institution du gouvernement d’Abdallah Al-Theni. Ce dernier se verra obligé de se replier dans l’est du pays pour des raisons sécuritaires. En effet, un groupe de miliciens dénommé « Aube de Libye » s’est emparé de Tripoli et y a installé son propre gouvernement et Parlement. A ces divisions se rajoutent des revendications identitaires régionales très fortes (voir infographie LeMonde.fr). Pour simplifier, deux blocs de miliciens peuvent être distingués. Le premier, à l’ouest, rassemble les forces du général Haftar dans le mouvement « Dignité », s’appuyant sur des anciens du régime de Kadhafi et la milice de Zintan. En face se trouvent un groupe assez hétérogène regroupant les Frères musulmans, des groupes islamistes divers ainsi que des djihadistes, dont certains ont fait allégeance à Da’esh. Au final, la situation politique, économique et sécuritaire est délétère à tel point que le G5 du Sahel (Tchad, Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso) appellent, avec l’Union Africaine, à une nouvelle intervention de l’ONU via l’OTAN. Vu les résultats donnés par la première intervention, il apparaît néanmoins probable que cet appel reste longtemps sans réponse.

About Vincent SATGE

Vincent Satgé est cofondateur du site les-yeux-du-monde.fr ainsi que coprésident de l’association Les Yeux du Monde. Il étudie actuellement à Sciences Po Bordeaux.

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