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Les migrations intra-africaines

 

Trop souvent réduites aux migrations vers les pays développés, les migrations africaines sont principalement intracontinentales. Historiquement plus politiques qu’économiques, la relative pacification du continent fait du facteur économique le principal moteur des mouvements internes de population.

L'image de migrants africains traversant la Mer Méditerranée est en partie faussée...
L’image de migrants africains traversant la Mer Méditerranée est en partie faussée…

Certes, il est faux de penser que les migrations pour fait politique ont disparu. Certains conflits persistent encore (Soudan, Somalie, sans oublier les pays victimes du terrorisme à l’Ouest), mais l’épineuse question des réfugiés, qui avait atteint son paroxysme durant la décennie des conflits (1993-2003), semble lentement se résoudre. Néanmoins, les vagues de dictatures postindépendance font qu’un nombre conséquent et difficilement chiffrable de populations vivent toujours en-dehors du pays dans lequel elles sont nées. La plupart vivent d’ailleurs dans un pays limitrophe et sont parfois victimes de xénophobie, comme c’est le cas dans les deux Congo.

Cependant, au cours de cette décennie, il semble que le facteur économique soit le principal responsable des migrations africaines. A l’intérieur d’un même pays, l’exode rural touche encore une bonne partie des pays africains, contribuant là à l’émergence de véritables villes-monde sur le continent (Le Caire, Lagos, Johannesburg, etc.). Mais les migrations se font désormais plutôt d’un pays vers un autre. Beaucoup sont encore attirés par l’eldorado occidental, en premier lieu par l’Europe, plus proche géographiquement, et de plus en plus par l’Amérique. Les filières à l’exil sont de plus en plus nombreuses, et les drames toujours aussi conséquents, notamment en Mer Méditerranée, notamment pour des émigrés d’Afrique du Nord-Est.

Néanmoins, ce constat maintes fois présenté dans les médias cache une réalité : la plupart des migrations économiques africaines sont intracontinentales. Les pays qui sortent le plus vite du mal-développement sont évidemment les plus recherchés, notamment les pays riches en matières premières (Côte d’Ivoire, Gabon) sans oublier évidemment l’Afrique du Sud, qui attire chaque année des zimbabwéens, swazilandais, botswanais, etc. attirés par les perspectives du pays. Cependant, là encore, tous ou presque se heurtent à des rejets de la part des populations locales, obligeant de plus en plus les gouvernements à entreprendre des politiques massives d’expulsion. Pourtant, force est de reconnaître que dans de nombreux cas, ces nouveaux immigrants, souvent jeunes et peu qualifiés, gèrent des petits commerces détenus par des riches locaux, voire syro-libanais et indo-pakistanais.

Des difficultés à mesurer le gain réel de ces migrations pour les pays d’accueil et de départ

Ces migrations intracontinentales sont donc souvent cause de déstabilisations, à la fois pour les pays de départ et d’arrivée. Malheureusement, elles concernent majoritairement des jeunes peu qualifiés, ce dont la plupart des pays d’accueil ne manquent guère ! Les élites, elles, peuvent plus facilement étudier voire travailler dans les pays développés. Il est donc difficile d’estimer tout éventuel gain de ces migrations intra-africaines, surtout étant donnée l’importante part représentée par les clandestins, dont l’estimation peut varier du simple à l’octuple. Mais, pour le continent où les populations sont historiquement les plus nomades au monde, émigrer représente toujours la volonté de trouver un meilleur sort. Que ce soit dans un pays limitrophe ou sur un tout autre continent.

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d’HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d’un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l’Association Les Yeux du Monde

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