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Les relations russo-israéliennes : entre liens réels et intérêts bien compris (2/3)

 

Dans un article précédent, nous avons traité des éléments structurants de la relation russo-israélienne. Il s’agit ici d’aborder les divergences géopolitiques entre les deux pays tout en soulignant la solidité d’une relation basée sur le dialogue permanent et la recherche de compromis, dont la mise en place en Juin 2014 d’une ligne cryptée de communication permanente est le symbole.

Une caricature traitant de la question nucléaire au Moyen-Orient
Une caricature traitant de la question nucléaire au Moyen-Orient
La diplomatie russe au Moyen-Orient se caractérise tout d’abord par le fait qu’elle « parle avec tout le monde » (ce qui a été la position de la France dans la région à une époque). Cette posture fait de la Russie un acteur géopolitique incontournable dans la région, et Israël en a bien conscience. Comme l’expliquait l’ancien ministre des Affaires étrangères russe Primakov : « La Russie peut jouer un rôle encore plus important (…). Tout d’abord parce que nous nous tenons sur nos deux jambes dans la région: nous avons des relations avec Israël et avec les pays arabes ».

Israël reconnait à la Russie le statut de médiateur dans le conflit israélo-palestinien, malgré le fait que la Russie soit en contact avec le Hamas par exemple. Cette tolérance se comprend à l’aune de la coopération pour la lutte anti-terroriste entre les deux pays. Israël fait bénéficier à la Russie de son expérience dans la matière, et chacun des pays ferme les yeux sur les répressions militaires et policières violentes qu’il peut y avoir dans leur pays respectifs. La Russie s’aligne toutefois sur la position de la plupart des pays arabes, c’est-à-dire prônant une solution à deux États.

La Russie se propose donc comme une puissance indépendante de l’Occident, offrant une voie diplomatique alternative aux pays de la région. Même si la Russie estime avoir des relations équilibrées avec tous les acteurs du Moyen-Orient, Moscou entretient des liens privilégiés avec Damas et Téhéran. Des liens allant traditionnellement à l’encontre des intérêts israéliens. Toutefois les printemps arabes et l’émergence de l’État islamique ont fait évoluer la position israélienne vis-à-vis de la Syrie. C’est l’Iran qui reste le symbole de la limite des relations israélo-russes sur le plan géopolitique.

Iran : la divergence majeure entre Moscou et Tel-Aviv

Moscou a une position ambiguë sur le nucléaire iranien. La Russie n’a aucun intérêt à avoir un Iran-nucléaire sur son flanc sud, mais reste beaucoup moins alarmiste qu’Israël et les occidentaux sur la possibilité de Téhéran d’acquérir l’arme atomique. Moscou estime que si une décision était prise en ce sens, l’Iran mettrait entre 10 et 15 ans pour l’obtenir, ce qui explique qu’elle continue à coopérer sur le nucléaire civil. En ce sens, Moscou « monnaye » son influence sur l’Iran (notamment via ses validations ou annulations de contrats d’armements) auprès d’Israël et des puissances arabes sunnites. Conscient de cette capacité de nuisance de la Russie, Israël tâche de rester en bons termes avec Moscou. Pour autant, la Russie met en garde régulièrement contre tout bombardement de l’Iran et rappelle qu’Israël pourrait également mettre ses installations nucléaires sous contrôle de l’ONU.

Sachant qu’ils ne peuvent compter sur la Russie comme un réel allié sur le dossier iranien, les israéliens s’implantent progressivement dans le Caucase et en Asie centrale, formant un « collier de perles » autour de l’Iran. En plus de contrer Téhéran, Israël cherche également dans cette région à s’approvisionner en énergie et des débouchés pour son industrie de l’armement. Une véritable pénétration dans « l’Étranger proche » russe. Des coopérations par ailleurs parfois très poussées, comme avec l’Azerbaïdjan et la Géorgie, qui ont mené à des tensions avec la Russie, mais où le pragmatisme des deux partenaires a souvent pris le dessus pour la recherche d’un compromis.

Les limites des relations entre Israël et la Russie apparaissent très nettement au vue des divergences géopolitiques. Israël perçoit le Moyen-Orient sous le prisme sécuritaire, tandis que Moscou cherche avant tout à maintenir son influence, voire à l’agrandir en profitant de l’érosion américaine. Malgré ces divergences, le pragmatisme des deux partenaires et leurs positions claires sur certains évènements contribuent toujours plus à leur rapprochement.

About Léonard LIFAR

est étudiant à Sciences Po Rennes. Passionné d’histoire et de géopolitique, il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis Janvier 2014.

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