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La conservatrice Arabie saoudite en pleine mutation diplomatique

 

Nous évoquions, il y a moins d’un an, la possibilité d’une politique étrangère saoudienne plus autonome. L’arrivée au pouvoir du roi Salmane, entouré de ministres plus jeunes, avait débuté par une intervention militaire au Yémen. En ce début 2016, il est indéniable que la très conservatrice Arabie saoudite poursuit sa mutation en matière de politique étrangère.

Le roi Salman a marqué son empreinte dès sa première année à la tête de l'Arabie Saoudite
Le roi Salman a marqué son empreinte dès sa première année à la tête de l’Arabie Saoudite

La nouvelle diplomatie saoudienne est résolument tournée vers l’interventionnisme. Certes, son action au Yémen n’a pas été aussi prometteuse que prévu, mais elle a montré un durcissement de la posture wahhabite. Il semble loin le temps où l’Arabie Saoudite promouvait le statu quo au Moyen-Orient et n’usait que de sa seule influence financière pour interagir dans la géopolitique locale. Le retour dans le jeu diplomatique de l’Iran, maintes fois commenté, est évidemment l’un des facteurs principaux du changement saoudien.

Néanmoins, les causes sont aussi bien plus profondes. Jamais le Moyen-Orient n’avait tant été dans le chaos dans l’époque moderne. Le concept d’Etat, certes contestable dans la culture moyen-orientale, n’a jamais été autant remis en cause, tant en Irak, qu’en Syrie, ou au Yémen. On en vient même à penser qu’à court terme, les frontières de ces pays vont évoluer pour assurer la survie de ce qui reste sur place. Face à cela, le statu quo saoudien aurait été surprenant. Au lieu de cela, la puissance wahhabite agit pour renverser des pouvoirs en place, tout le contraire de la posture iranienne, conservatrice, défendant ses soutiens syrien, irakien et yéménite. Comment peut-on imaginer qu’en quelques mois l’Iran soit devenu le défenseur de l’ordre, de la lutte contre le terrorisme, le rôle que pensait jouer l’Arabie Saoudite, plus que jamais accusée de défendre le terrorisme dans la région ?

D’une influence financière à une intervention militaire

L’exemple yéménite est ainsi très parlant. Outre le fait qu’il soit le premier fait d’arme du nouveau roi, il montre les limites de la diplomatie saoudienne. Encourageant au tout début une transition politique après le départ du président Saleh, qu’elle cautionnait, elle a largement sous-estimé par la suite la capacité d’action des proches du Président renversé soutenus par la rébellion houthiste, d’obédience chiite. Riyad s’escrime depuis près d’un an, via une intervention aérienne et terrestre, à soutenir le dirigeant en place, reconnu internationalement, mais sans réelle avancée. Pire encore, par son engagement, l’Arabie Saoudite exacerbe les tensions sur place, laissant penser que le Yémen est désormais un Etat failli, tout comme, de l’autre côté du Golfe d’Aden, la Somalie. La vérité éclate donc au grand jour : Riyad n’est pas que cet Etat usant de la puissance financière pour maintenir son influence régionale. C’est aussi et surtout une puissance régionale prête comme les autres à prendre les armes lorsque la tournure des événements ne lui est pas favorable.

Il ne faut pas se méprendre : ce n’est pas l’idéologie qui a changé, mais bien la manière. Riyad pense que sa stabilité interne dépend d’un voisinage apaisé, toujours prêt à commercer avec la grande puissance sunnite. Désormais, face à l’essor d’un ennemi transnational, c’est un changement dans la manière qui s’est avéré nécessaire. Riyad hystérise sa présence non pas pour mater le sectarisme iranien, mais bien son influence. Elle ne fait que reproduire ce qu’elle fit lorsque Nasser entreprit sa politique panarabe il y a un demi-siècle. Et elle va même plus loin : son va-tout est aussi constitué par le soutien désormais officiel à des acteurs non-étatiques, comme l’Iran le fait du reste, avec le Hezbollah notamment. Mais c’est avec cette rhétorique guerrière que Riyad contribue à densifier les tensions régionales.

Ainsi, la mutation diplomatique anticipée il y a un an a bien pris forme. Mais elle va bien plus loin que ce que l’on pouvait imaginer. La faute à un contexte régional chaotique, où acteurs étatiques et non-étatiques (milices, armes privées, groupes terroristes) se combattent pour préserver leur influence religieuse et politique.

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d’HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d’un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l’Association Les Yeux du Monde

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