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Référendum au Darfour : une sortie de crise illusoire ?

 
Les résultats du référendum organisé au Darfour les 11 et 13 avril derniers auraient donné raison au gouvernement dans la crise qui l'oppose aux mouvements rebelles depuis 2003.
Les résultats du référendum organisé au Darfour les 11 et 13 avril derniers auraient donné raison au gouvernement dans la crise qui l’oppose aux mouvements rebelles depuis 2003.

Région située à l’ouest du Soudan, qui a fait officiellement l’objet d’une scission en 2011, le Darfour s’est illustré dans les médias depuis les années 1990 à travers les crises humanitaires et les conflits interethniques qui ont secoué le territoire. 10 ans après l’accord de paix signé entre les parties, la crise du Darfour, dont les prémices ont été amorcés en 2003, ne semble pourtant pas sur le point de s’achever. A l’issue d’un référendum, les électeurs ont refusé à 98% l’unification de la région actuellement divisée en 5 entités en un seul Etat, ce que conteste l’opposition. Etat des lieux d’un des conflits les plus meurtriers de ces 30 dernières années.

Le Soudan, pays de tensions

Les tensions au Soudan, nées dès les années 1950, opposent principalement les régions à majorité chrétienne et animiste du pays situées au sud, au reste du pays, à majorité musulmane. Elles ont débouché sur deux guerres entre 1955 et 1972 et 1983 et 2002, encouragées par la présence des réserves pétrolières au sud du territoire. Ces conflits ont finalement abouti à l’indépendance du Soudan du Sud le 9 juillet 2011, à la suite d’un référendum.

En parallèle, la crise du Darfour, région riche en ressources naturelles (uranium, cuivre) et pétrolières, née en 2003. Elle oppose des milices rebelles au Président en place, Omar Hassan Al-Béchir. Afin de contrer ces insurrections, le gouvernement a encouragé la participation au conflit de milices arabes, les Janjawid, pour couper court aux ambitions des groupes rebelles (l’Armée de libération du Soudan et le Mouvement pour la justice et l’égalité). Résultat ? 300 000 morts et plus de 3 millions de déplacés à la suite de ce que ce que certaines ONG qualifient de génocide. Face à cette crise de grande ampleur, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies saisit la Cour pénale internationale qui sera à l’origine de plusieurs mandats d’arrêts à l’encontre du Président pour crimes de guerre (4 mars 2009) et crime de génocide (12 juillet 2010) et une opération conjointe avec l’Union africaine est mise en place (MINUAD).

Un référendum en demi-teinte

Malgré un accord de paix conclu en mai 2006 (qui sera dénoncé par un chef rebelle en 2011), la situation continue de se détériorer sur le territoire. Après plusieurs espoirs d’amélioration, les combats ont repris de plus belle le 15 janvier dernier dans la région du Jebel Marra. A cet épisode, est venu s’ajouter la tenue d’un référendum les 11 et 13 avril. Il prévoyait la possibilité de préserver le statut administratif actuel du Darfour (divisé en 5 Etats), ou de fusionner les entités en une seule et même région. A 98%, les électeurs se seraient prononcés en faveur du maintien de la partition de cette région de 7 millions d’habitants. Contesté par l’opposition, qui dénonce « un jeu orchestré par le gouvernement » ce résultat a fait les choux gras du gouvernement, selon lequel, « la page de la crise au Darfour est tournée ».

Reste à savoir si les autorités sauront faire face conséquences humanitaires et sociales d’un conflit qui a dévasté et marginalisé une région déjà soumise à des conditions climatiques et économiques difficiles. Le 12 mai 2016, une attaque contre un camp de déplacés l’ONU dans la région du Jebel Marra a fait 5 morts et plusieurs blessés, preuve en est que malgré le référendum, les tensions sont loin d’être apaisées, et que la fracture au sein de la population, reste vivace.

About Marjorie GUIBERT

Etudiante en droit international, elle est rédactrice pour les Yeux du Monde depuis juillet 2014.

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