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Golfe de Syrte : reprise de la « guerre du pétrole »

 

La Libye est le pays africain ayant le plus de réserves de pétrole, devant le Nigeria. Avant le déclenchement du conflit en février 2011, le pays produisait 1,65 millions de barils de pétrole par jour. En 2010, il avait été le troisième fournisseur mondial de pétrole de l’Europe. Représentant plus de 90% du budget de l’État, cette ressource a un rôle crucial à jouer. La reprise de la production pourrait redonner un souffle à son économie, et favoriser une certaine stabilité politique. Toutefois, dans un pays divisé, l’or noir attire les convoitises, et cristallise les tensions.

Le pétrole libyen pris en otage par les divisions politiques

La plateforme pétrolière Bouri situé au large des côtes libyennes.

En temps de guerre, maîtriser les lieux clefs de production de ressources est un enjeu de taille. La Libye avec sa production pétrolifère ne fait pas exception à la règle. Les différentes forces politiques qui déchirent le pays veulent maîtriser les champs pétroliers. D’un côté, il y a Fayez el-Sarraj, nommé en mars 2016, comme Premier ministre et Président du Comité présidentiel du gouvernement d’union nationale libyen. Son gouvernement, soutenu par les pays occidentaux et l’ONU, est basé à Tripoli. Il maîtrise en partie l’Ouest du pays (Fezzan). A l’Est (Cyrénaïque), c’est le maréchal Khalifa Haftar, à la tête de l’Armée nationale libyenne (ANL), qui cherche à s’imposer. Ce gouvernement est basé à Tobrouk.

La « guerre du pétrole » dans le croissant cyrénaïque actuellement dominée par les factions islamistes

En septembre 2016, le maréchal Haftar a renforcé son emprise sur l’Est du pays en parvenant à conquérir le « croissant pétrolier » sur le littoral cyrénaïque. Environ 70% du pétrole brut libyen transite par cette région. Ses quatre principaux sites sont Brega, Ras Lanouf, Sidra et Zoueitina. Placées sous la protection de l’ANL, les plateformes pétrolières du croissant ont redémarré leur activité. Les exportations ont même repris. Par exemple, Sidra, qui était à l’arrêt depuis 2013, exporte environ 80 000 barils par jour. On est encore loin des 450 000 d’avant la révolution, mais c’est un net progrès. Du fait de ce succès, le maréchal Haftar semblait être l’homme fort de la Libye.

Cependant, la stabilité de la production a été mise à mal début mars par l’attaque surprise d’un groupe armé, les Brigades de défense de Benghazi (BDB). Depuis le 4 mars, cette milice islamiste contrôle deux des quatre principaux champs pétroliers de l’Est (Ras Lanouf et Sidra).  Cette défaite a considérablement affaibli le maréchal, qui est déjà mis en difficulté après avoir perdu de nombreux appuis intérieurs. Son poids politique était même reconnu sur la scène internationale par l’Égypte, mais aussi par la Russie.

Quelles perspectives pour la production pétrolière libyenne ?

Les ressources pétrolières de la Libye sont majoritairement situées à l’Ouest, sur le littoral Cyrénaïque.

Si les BDB parviennent à conserver les sites pétroliers, il est probable que la production s’arrête, leur principal objectif étant de récupérer Benghazi. Cependant, face à cette opportunité économique, leur stratégie pourrait évoluer. Les BDB sont affiliées avec l’État islamique. L’organisation étant en difficulté en Libye, elle pourrait tenter un retour en force en exploitant les champs pétroliers. Vendre le pétrole serait une source de revenus non négligeable. Dans ce cas, l’argent ne reviendrait pas à la Libye, qui devra se reposer essentiellement sur les plateformes de l’Ouest (bassins de Ghadamès, de Mourzouq, et Pélagien). Toutefois, la Cyrénaïque est largement avantagée, étant donné qu’elle dispose de 85% des réserves pétrolières du pays.

Actuellement, le maréchal Haftar semble en grande difficulté. Cependant, la situation peut évoluer rapidement. Cet échec montre néanmoins que la Libye est encore loin de renouer avec la stabilité. Face à la montée en puissance des groupes islamistes, la nécessité d’un dialogue politique entre le gouvernement de Fayez el-Sarraj et le maréchal Haftar se fait de plus en plus pressante. Seule une entente pourrait sortir la Libye de l’impasse. Elle ne retrouvera pas son statut de géant pétrolier, tant qu’il n’y aura pas un accord entre les différentes parties concernées.

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Étudiante à Sciences Po Bordeaux (Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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