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Le cinéma nigérian : comme dans un film

 

Depuis 2009, Nollywood est le plus grand producteur de films après Bollywood en Inde… et devant Hollywood ! Après des débuts chaotiques dans les années 1990, le cinéma nigérian ne cesse de se professionnaliser. Aujourd’hui,  Nollywood  est un bel exemple de réussite nationale du Nigeria dans son objectif de diversification économique.

Nollywood emploie près de 1 million de personnes

Les films nigérians ont longtemps été tournés en quelques jours, avec un budget n’excédant jamais 50 000 $. Et… ils n’étaient pas diffusés en salle : directement copiés dans les rues de Lagos sur des cassettes et lecteurs, ils étaient ensuite diffusés illégalement des dizaines de milliers de fois en quelques heures. De nos jours, si cette pratique est toujours courante, le cinéma nigérian a pris de l’ampleur.

On estime que chaque année, environ 2 000 films sont produits, et regardés par 150 millions de spectateurs. On compte de nombreuses productions dont le budget s’élève à 1, voire 2 millions de dollars. Le secteur cinématographique, deuxième employeur du pays après l’agriculture, représente 3% du PIB national.

Les thèmes abordés par Nollywood sont, en général, assez légers, proches du Vaudeville : histoires de couple, querelles d’amitié, disputes d’héritage… Ce cinéma se distingue des productions occidentales en abordant souvent un angle parodique notamment lors des scènes de violence. Les Nigérians en raffolent. L’élite consomme d’ailleurs peu ce divertissement. Nollywood est le cinéma du citoyen ordinaire, qui a besoin de s’évader de la morosité du quotidien pendant une heure et demi, le temps de rêver devant un film, ou de s’identifier à des personnages.

Sous la comédie, un message politique

Ce cinéma sert aussi à véhiculer des messages sociétaux majeurs. Des messages difficilement évocables de front dans un autre contexte. Par exemple, sous les airs d’une comédie, le film « The Wedding Party » sorti en 2016, aborde les tensions entre les groupes ethniques Igbos et Yorubas, un sujet central dans la société nigériane. Ce film a connu un grand succès. Il s’est même classé numéro 1 du box office, devant les productions hollywoodiennes, d’habitude premières dans le pays. Une preuve que le public affectionne ce genre de films, où la manière douce est utilisée pour faire passer des messages polémiques.

Le succès de films Nollywoodiens est tel qu’ils commencent même à s’exporter puisque l’Afrique du Sud et le Ghana diffusent régulièrement des productions nigérianes. Les 400 millions d’habitants attendus dans le pays d’ici à 2050, ainsi que l’essor de la classe moyenne, plus encline à dépenser de l’argent au cinéma, promet de beaux jours au grand écran nigérian.

Dans un État fédéral où la religion, la langue et l’ethnie sont souvent sujettes à tension, le cinéma pourrait être une clé de l’union nationale. Cependant, ce secteur ne pourra pas panser les plaies de tous les maux du pays : crise économique liée à la dépendance pétrolière, inflation préoccupante, mouvements djihadistes et famine au Nord-Est… Le Nigeria traverse une grande période d’incertitude, au même titre que de nombreux autres pays rentiers. Et cela malheureusement, ce n’est pas du cinéma.

 

 

About Pablo MENGUY

Journaliste en formation à l'Ecole Publique de Journalisme de Tours, écrit pour "Les Yeux du Monde" depuis décembre 2016.

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