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Kurdistan irakien : un référendum envers et contre tous

 

L’été a été chargé au Moyen-Orient, et dans la péninsule arabique. Entre l’embargo imposé sur le Qatar, et le recul de l’État islamique (EI), l’annonce d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien est presque passée inaperçue. Le 25 septembre, les habitants du gouvernement régional du Kurdistan (GRK) seront en effet appelés aux urnes pour répondre à la question suivante : « Voulez-vous que la région du Kurdistan ainsi que les territoires kurdes en dehors de la région deviennent un état indépendant ? ». La date fixée début juin par Massoud Barzani, président du GRK, a fait couler beaucoup d’encre, et suscite une controverse.  

Ce référendum résulte d’une relation Bagdad/Kurdistan irakien envenimée depuis des décennies.

Le Kurdistan irakien correspond au Nord du pays. (Cliquez pour voir en plus grand)

Cette volonté d’indépendance est présente depuis que la province ottomane de Mossoul a été rattachée à l’Irak en 1925, par la Société des Nations (SDN). Elle n’a fait que s’intensifier, à cause de différentes décisions politiques et militaires frappant la population kurde. Un des épisodes les plus marquants est sans aucun doute le génocide kurde (aussi appelé « Anfal »), ordonné par Saddam Hussein, dans les derniers mois de la guerre Iran-Irak. Selon un rapport de l’ONG Human Rights Watch, 100 000 Kurdes auraient été tués entre février et septembre 1988. Auparavant, S. Hussein avait déjà lancé des campagnes d’arabisation dans les régions habitées majoritairement par des Kurdes. Ça a notamment été le cas de la province de Kirkouk – située entre deux provinces kurdes Erbil et Soulaimaniya- qui possède d’importantes réserves de pétrole.

Alors, l’organisation de ce référendum semble être un aboutissement logique. Beaucoup de Kurdes ne veulent plus faire partie de l’Irak, à cause de ces crimes. Du fait de l’avancée de l’EI en Irak, la question avait été mise en suspens. Les Kurdes tiennent à ce que la question revienne à l’ordre du jour. De plus, les combattants kurdes ayant apporté une aide notable pour lutter contre l’EI, une reconnaissance serait à leurs yeux un juste retour des choses. Seuls le Mouvement du changement et le Kurdistan islamic group (KIG) ne sont pas pour ce référendum. Selon eux, le vote ne sera pas légal, car le parlement ne s’est pas réuni depuis 2015.

Dans son ensemble, la communauté internationale s’est déclarée en faveur d’un report du référendum, voire d’une annulation pure et simple.

Beaucoup de responsables politiques affirment que le plus important est de stabiliser la région. Le secrétaire d’État américain Rex Tillerson s’est exprimé pour un renvoi à une date ultérieure du vote. Selon lui, il serait plus prudent d’opter pour un dialogue entre les deux parties concernées. Il en est de même pour le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian. Il est vrai que même si l’EI a reculé en Irak, il serait nécessaire de continuer à concentrer les forces en présence sur cette menace. Si les tensions entre Bagdad et les Kurdes débouchent sur un conflit armé, l’EI pourrait en profiter pour regagner du terrain dans la région.

La Turquie s’est également opposée à ce projet. Recep Tayyip Erdogan a peur que ce référendum donne des idées à la communauté kurde vivant dans son pays. De plus, à ses yeux, une victoire du « oui » à l’indépendance, encouragerait le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à poursuivre sa campagne terroriste. Les mêmes inquiétudes ont été exprimées par l’Iran, où vit une importante communauté kurde. On assiste là à une alliance de circonstance entre les rivaux chiite et sunnite.

Le seul dirigeant à s’être exprimé en faveur de cette initiative est Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien. Ce soutien est dans l’ordre des choses, étant donné qu’Israël avait soutenu militairement l’insurrection kurde en Irak dans les années 1960, et qu’une relation de coopération économique existe entre les deux entités.

Actuellement, tout prête à penser que le référendum aura lieu. Malgré les nombreuses mises en garde, les Kurdes tiennent beaucoup trop à l’idée d’un État indépendant pour faire marche arrière. Ceux vivant en Irak espèrent établir un précédent, un moment historique déterminant pour les 30 millions de Kurdes répartis dans quatre pays (Irak, Syrie, Turquie, Iran). Les Kurdes sont souvent perçus comme la plus grande ethnie ne possédant pas une terre. M. Barzani veut changer cela, et a affirmé qu’il ne reviendrait pas sur sa décision. Il tient à ce que les revendications kurdes soient entendues, et ce même si cela menace la stabilité – déjà très précaire – de la région.

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Étudiante à Sciences Po Bordeaux (Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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