Rétrospective 2017 : les défaites militaires de l’État islamique
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Rétrospective 2017 : les défaites militaires de l’État islamique

 

L’année 2016 s’était achevée avec la défaite de l’État islamique en Libye, lors de la bataille de Syrte. En 2017, l’État islamique (EI) a de nouveau connu plusieurs revers militaires, principalement dans son territoire d’origine – c’est-à-dire en Irak et en Syrie – mais aussi aux Philippines. En novembre dernier, Brett McGurk, l’envoyé spécial américain auprès de la coalition internationale, affirmait que l’EI avait perdu 95% du territoire contrôlé depuis 2014.  

De vastes offensives en Irak et en Syrie, ont permis de regagner des villes sous l’emprise de l’EI depuis la proclamation du califat.

L’EI avait atteint son apogée territoriale en 2014. Selon le Centre national de contre-terrorisme américain, l’emprise de l’organisation terroriste s’étendait sur un territoire plus vaste que la Grande-Bretagne (près de 210 000 km2), à cheval entre l’Irak et la Syrie. Deux villes étaient alors considérées comme les capitales de l’EI : Mossoul en Irak, et Raqqa en Syrie. A tour de rôle, ces deux cités ont été libérées en 2017.

Ce fut d’abord le cas de Mossoul. Le gouvernement irakien a déclaré que la ville était « libérée » le 10 juillet 2017. Des affrontements ont encore eu lieu dans les jours qui suivirent l’annonce, mais aujourd’hui les habitants de Mossoul ne subissent plus les lois de l’EI. Cette opération militaire pour la reconquête du fief irakien de l’EI avait commencé le 17 octobre 2016. Les forces gouvernementales irakiennes ont été épaulées par la coalition internationale, mais également par les Peshmergas du Gouvernement régional du Kurdistan, les milices chiites, ainsi que par d’autres milices sunnites et chrétiennes.

Ensuite, c’est Raqqa – la plus importante ville contrôlée par l’EI en Syrie – qui s’est défait de l’emprise djihadiste, le 17 octobre. Après 4 mois de combat, les Forces démocratiques syriennes (FDS), avec le soutien de la coalition internationale, sont parvenues à chasser les soldats de l’organisation terroriste. Les combats se sont déplacés à Deir ez-Zor, qui été définitivement reprise le 3 novembre. Puis, après des affrontements violents, les FDS ont récupéré Abu Kamal le 19 novembre. Même si la Russie a annoncé avoir vaincu l’EI en Syrie début novembre, des affrontements ont toujours lieu à la frontière avec l’Irak, le long de l’Euphrate.

Néanmoins, l’EI n’a pas perdu sa capacité à nuire. La menace va se déplacer, et sans doute changer de forme.

Suite à cette perte de territoire, il est fort probable qu’on assiste à un changement de stratégie de la part de l’EI.  En somme, l’EI va devenir une organisation terroriste plus « traditionnelle » – à l’instar d’al-Qaïda – qui n’aura plus un « État » à défendre. En Irak et en Syrie, les djihadistes encore présents vont adopter des méthodes de guérilla, ou d’insurrection, en multipliant les attentats suicides, et les assassinats ciblés. Les attaques se feront de manière plus aléatoire en Irak et en Syrie – comme c’est déjà le cas en Europe, par exemple. L’EI pourrait essayer de jouer sur les divisions internes, par exemple en Irak, celles entre le gouvernement central et le Gouvernement régional du Kurdistan. Néanmoins, cette transition ne pourra pas se faire rapidement. L’EI devra réussir à regrouper ses forces, à remplacer ses dirigeants capturés ou tués, et à former ses membres habitués à des techniques de combat plus conventionnelles. Selon Joe Wing, analyste spécialiste de l’Irak, plusieurs mois vont s’écouler avant que l’EI mette au point cette stratégie. Un temps précieux que les Etats concernés devront utiliser pour affaiblir encore plus l’organisation terroriste, et s’assurer que les territoires re-conquis sont sécurisés.

Les défaites militaires à répétition de l’EI ne sont donc pas à confondre avec sa défaite définitive, ni avec son éradication. Michael Knights, chercheur sur le Moyen-Orient de l’Institut de Washington, affirme même que parler de « défaite » est « délirant » [1]. Au-delà de ce possible changement de stratégie en Irak et en Syrie, il ne faut pas oublier que l’organisation terroriste est parvenue à créer des cellules, ainsi que des branches bien structurées, dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie centrale, d’Asie du Sud-est, et même en Europe. En outre, son idéologie est toujours prégnante. Plusieurs pays doivent faire face à une montée de l’islamisme, qui menace leur stabilité. On peut par exemple citer l’Ouzbékistan,  ou encore la province chinoise du Xinjiang.

En somme, de nombreuses batailles ont été gagnées contre l’EI, mais la guerre est encore et toujours d’actualité. Il est donc presque impossible d’affirmer que l’Irak et la Syrie sont tirés d’affaire, et encore moins de déclarer que l’EI est vaincu.

[1] https://warisboring.com/terror-and-murder-islamic-state-switches-to-an-insurgency-in-iraq/

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Diplômée de Sciences Po Bordeaux (Master Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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