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Staffan de Mistura, la dernière carte de l’ONU pour régler le conflit syrien

 

Staffan de Mistura est devenu l’émissaire des Nations Unies en Syrie en juillet 2014. Chargé de trouver une solution à un conflit qui a déjà fait plus de 270 000 morts et plusieurs millions de réfugiés, le diplomate italo-suédois très expérimenté est le troisième à se voir attribuer cette mission périlleuse.

Emissaire de l’ONU en Syrie depuis juillet 2014, Staffan de Mistura fait face à la mission la plus complexe de sa longue carrière de diplomate.
Emissaire de l’ONU en Syrie depuis juillet 2014, Staffan de Mistura fait face à la mission la plus complexe de sa longue carrière de diplomate.

Staffan de Mistura a commencé sa carrière à l’ONU en 1971 comme responsable du projet « World Food Programme » au Soudan. Son parcours l’a mené à s’occuper des plus grands conflits de la fin du XXème siècle et du XXIème siècle. Il a notamment été représentant du Secrétaire général de l’ONU au sud Liban entre 2001 et 2004, chargé de mission pour l’ONU en Afghanistan entre 2010 et 2011, et en Irak entre 2007 et 2009. Il a également servi en tant que directeur du Centre d’information des Nations Unies à Rome, et a occupé divers postes de haut niveau à l’Unicef, l’agence des Nations Unies pour la prise en charge des enfants.

C’est en juillet 2014 que Staffan de Mistura, qui profitait à 68 ans de sa préretraite en Italie, a été contacté par Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU afin de lui proposer cette mission si difficile. Alors qu’il jouit d’une excellente réputation depuis les félicitations officielles de Barack Obama pour ses réussites en Irak notamment, et malgré le caractère quasiment « impossible » de la tâche confiée, Mistura a accepté de devenir envoyé spécial en Syrie, en vue de trouver une solution pacifique à l’un des conflits actuels les plus sanglants et les plus complexes. Staffan de Mistura fait figure à l’ONU de diplomate particulièrement novateur et créatif. Ainsi, il s’est distingué par quelques coups d’éclat notables. Parmi eux, au Soudan, il a fait peindre en bleu des chameaux qui acheminaient des vaccins pour le Programme Alimentaire mondial afin qu’ils soient plus facilement repérables par les hélicoptères, tandis qu’à Sarajevo, il a fait appel à des contrebandiers pour acheminer nourriture et couvertures de survie lors du siège de la capitale bosnienne entre 1992 et 1996.

Cependant, dans le cas du conflit syrien, où un grand nombre de pays sont impliqués, il fait face à de nombreuses difficultés, à commencer par réunir les grands acteurs régionaux du conflit (Turquie, Arabie Saoudite, Jordanie, Qatar, Iran)  ainsi que les  puissances mondiales engagées militairement et diplomatiquement. Les deux précédents envoyés spéciaux, l’ancien secrétaire général Kofi Annan et le diplomate chevronné, Lakhdar Brahimi, se sont heurtés au fait que beaucoup d’acteurs (notamment les rebelles et le gouvernement d’Assad) sont prêts à combattre jusqu’au bout, persuadés que leur action est juste et légitime. Tous deux ont fini par démissionner, et Mistura semble, par son expérience et ses méthodes, être la dernière carte abattue par l’ONU. L’émergence rapide de l’Etat islamique a encore compliqué un peu plus les négociations et, jusque là, Mistura n’a pas réussi à endiguer les attaques au chlore et aux explosifs sur les civils syriens, pourtant sa priorité.

Pire, depuis 2015, Staffan de Mistura est l’objet de nombreuses critiques. Le directeur  de l’ONG Human Rights Watch, Kenneth Roth, l’a accusé de ne pas appréhender le tableau dans son ensemble et de ne formuler que des propositions idéalistes. Par ailleurs, la publication d’une photo de lui, lors d’une soirée pour célébrer l’anniversaire de la révolution iranienne, a beaucoup nuit à son crédit. Enfin, l’année dernière, sa proposition d’impliquer Assad dans une ébauche de solution au conflit a beaucoup divisé, d’autant que, le même jour, le régime du Président syrien a lâché des missiles et des barils d’explosifs sur Douma, près de Damas. Dès lors, l’opposition syrienne a décidé de ne plus se rendre systématiquement aux concertations organisées par le diplomate de l’ONU.

En ce début d’année 2016, Staffan de Mistura, a demandé à Damas de lui faire des propositions concrètes sur la transition politique en Syrie. L’opposition syrienne a, pour sa part, déjà rendu un document exposant la manière dont elle envisageait la transition politique. Mistura a, de son côté, conçu un document regroupant douze principes qui prévoit, entre autres, une reprise des pourparlers vers le 10 avril. L’agence Reuters croit savoir par l’intermédiaire d’une source diplomatique que, parmi ces points sur lesquels Assad et rebelles doivent converger, on retrouve la nécessité de lutter contre le terrorisme et la mise en place d’un Etat laïc avec égalité des droits pour tous les Syriens. Le régime et l’opposition du Haut Comité des Négociations (HCN) devraient se prononcer prochainement sur ces propositions.

La tâche de Staffan de Mistura apparaît comme bien plus complexe que de la simple diplomatie. Ce rôle de l’ombre, qui lui a si bien réussi dans le passé, lui a suggéré lors d’un entretien l’année dernière, cette phrase évocatrice : « Parfois, j’ai l’impression d’être un médecin qui tente de maintenir un patient en vie, mais qui ne peut que soulager la douleur. »

About Marc GERARD

Etudiant en Master recherche Histoire des Mondes Modernes et Contemporains à l'Université Bordeaux Montaigne. Rédacteur aux Yeux du Monde depuis janvier 2016.

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