Une lune de miel américano-cubaine ?
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Une lune de miel américano-cubaine ?

 

La normalisation des relations américano-cubaine a été actée le 30 juin 2015. Cet accord a été signé après plusieurs mois d’âpres négociations entre les deux parties. Le processus avait débuté le 17 décembre 2014, lors des allocutions télévisées simultanées de Raul Castro et de Barack Obama. Six mois auraient donc suffi pour oublier plus d’un demi-siècle de conflits.

Poignée de mains historique entre R. Castro et B. Obama au Sommet des Amériques.
Poignée de mains historique entre R. Castro et B. Obama au Sommet des Amériques (10 avril 2015).

Les relations diplomatiques sont bien renouées entre Cuba et les Etats-Unis. Ceci peut évidemment s’apparenter à un véritable succès de la diplomatie. Succès qui a été célébré des deux côtés du Détroit de Floride, notamment le 20 juillet, jour où les ambassades respectives des deux États ont retrouvé leur véritable statut. Désormais, l’affirmation « Todos sonos americanos » (1) proclamé par le président américain doit effacer l’embargo imposé par John Fitzgerald Kennedy en 1962 suite à la crise des missiles soviétiques.

Cependant, la grande diplomatie américaine ne suffira pas pour lever l’embargo économique. En effet, le seul acteur institutionnel qui peut prendre une décision valable dans ce domaine est le Congrès. Au début des années 1990, son rôle a été renforcé lorsque les textes régulant les conditions de l’embargo ont été réformés, alors qu’en parallèle celui du Président a été amoindri. Obama dispose donc d’une faible marge de manœuvre. Il aura obligatoirement besoin du soutien du Congrès, dominé par les Républicains, pour satisfaire Raul Castro, qui a noté que cet embargo économique était le « problème principal » entre les deux pays.

La réticence du Congrès américain face à la normalisation

Or, contrairement à la population américaine qui supporte de moins en moins cette législation, la majorité des parlementaires se sont opposés au processus de normalisation. Ils mettent notamment en avant le fait que les réformes politiques sont très en retard à Cuba, par rapport aux réformes économiques. Ainsi, même si Cuba représente une manne d’opportunités financières pour les entreprises américaines, ce n’est pas suffisant pour le Congrès. Pour que ce dernier change d’avis, il faudra notamment que R. Castro s’engage à faire respecter les droits de l’homme. La Commission Cubaine des Droits de l’Homme et de la Réconciliation Nationale ne cesse de publier des études révélant la face sombre de Cuba, qui est très éloignée des plages de sable blanc qui font rêver les entrepreneurs états-uniens. Même si dans le cadre des négociations, Cuba a libéré une cinquantaine de prisonniers, rien ne laisse penser que le gouvernement souhaite continuer sur cette voie.

En somme, beaucoup reste à faire entre les deux pays. Comme a dit B. Obama lors de son discours en décembre dernier : « No es facil. »(2)

L’Amérique du Sud a-t-elle joué un rôle décisif dans cette avancée historique ?

Il est possible de se demander si cette normalisation est uniquement un succès américain. En effet, cela fait de nombreuses années que l’opposition internationale à l’embargo américain ne cesse de grandir. Les condamnations n’ont que très peu inquiété les Présidents américains précédents. Cependant, lors du Sommet des Amériques de 2012 ayant eu lieu à Carthagène (Colombie), une initiative politique a certainement fait réagir les États-Unis. A cette occasion, les pays d’Amérique du Sud ont déclaré que si Cuba ne participait pas au sommet suivant ils adopteraient la politique dite de la « chaise vide ». En d’autres termes, ils ne prendraient pas la peine de participer à la rencontre programmée pour avril 2015, à Panama. Or, pour que Cuba participe, il fallait que les États-Unis rétablissent leurs relations avec le pays.

Obama se serait-il retrouvé les mains liées ? Le pays a toujours veillé à préserver son « backyard » (3), c’est-à-dire l’Amérique latine. Il pourrait donc plutôt s’agir d’une victoire pour celle-ci, alors que les Etats-Unis ont été obligés de céder pour conserver des alliés historiques.

 


(1) « Nous sommes tous américains. »

(2) « Ce n’est pas facile. »

(3) « Arrière-cour. »

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Diplômée de Sciences Po Bordeaux (Master Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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