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La lutte contre la prolifération des armes nucléaires selon Obama

 

En visite au Japon à l’occasion du G7 des Ministres des affaires étrangères, le Secrétaire d’Etat John Kerry s’est rendu sur le site d’Hiroshima, le lundi 11 avril. Il s’agissait de la première visite d’un haut diplomate américain dans la première ville victime d’une bombe atomique, le 6 août 1945. En compagnie du Ministre des affaires étrangères japonais Fumio Kishida, et d’autres de ses homologues, J. Kerry s’est recueilli auprès du mémorial honorant les 140 000 victimes de l’explosion, et a visité le musée dédié à l’avant et à l’après de la ville. Ce déplacement hautement symbolique est à inscrire dans un contexte plus large, caractérisé par l’heure du bilan pour Barack Obama et les déclarations de Donald Trump sur les armes nucléaires. 

Le Secrétaire d’État John Kerry (au centre gauche) échange une accolade avec le Ministre des affaires étrangères japonais Fumio Kishida devant le mémorial d'Hiroshima. (c) J. ERNST
Le Secrétaire d’État John Kerry (au centre gauche) échange une accolade avec le Ministre des affaires étrangères japonais Fumio Kishida devant le mémorial d’Hiroshima. (c) J. ERNST

La venue de J. Kerry à Hiroshima ne représentait en rien des excuses de la part du gouvernement américain pour la population japonaise. Selon la version officielle, les États-Unis sont toujours convaincus que le bombardement atomique, perpétré notamment par l’avion B29 Enola Gay, était nécessaire pour faire céder le Japon, et ainsi, terminer la Seconde Guerre mondiale en Asie. Toutefois, les temps ont évidemment changé. J. Kerry a visiblement été particulièrement touché par la visite du musée, si l’on en croit le message qu’il a laissé dans le livre d’or : « Cela nous rappelle avec force et dureté que nous avons non seulement l’obligation de mettre un terme à la menace des armes nucléaires, mais aussi que nous devons tout faire pour éviter la guerre ».  Le chef de la diplomatie américaine a en effet plaidé à plusieurs reprises pour « un monde sans armes nucléaires », et a souligné que désormais la guerre devait être utilisée en dernier recours, et de ne devait plus être un premier choix.

Avec de tels propos, J. Kerry s’est inscrit dans la ligne définie par son Président B. Obama, ses prédécesseurs, et l’Administration américaine. La lutte contre la prolifération des armes atomiques a toujours été une priorité pour l’homme politique démocrate, et ce dès sa première campagne pour la présidence. Déjà en 2009 ses deux principaux obstacles étaient la Corée du Nord, et l’Iran. Pour ce qui est du premier cas, les États-Unis travaillent conjointement avec la Chine, au sein des Nations Unies, pour durcir les sanctions contre cet État. Quant à l’Iran, l’avenir nous dira si l’accord obtenu l’an dernier mettra définitivement un terme aux ambitions nucléaires du pays, une fois la durée de 10 ans prévue terminée. Une visite à Hiroshima, lors du G7 prévu les 26 et 27 mai au Japon, serait l’occasion de consacrer symboliquement cet engagement.

Toutefois, à l’occasion du quatrième sommet  sur la sécurité nucléaire, organisé à Washington du 31 mars au 1er avril, B. Obama est revenu sur ce qui a été accompli dans ce domaine, et a reconnu un « bilan mitigé ».

Il est vrai que l’on est loin du monde sans armes nucléaires promis en 2009 par B. Obama. Cependant, un tel but n’était pas réaliste, et des avancées ont été réalisées. Comme il a été évoqué précédemment, B. Obama est parvenu à obtenir un accord avec l’Iran. De plus, le New Start Treaty de 2010 signé avec la Russie a continué l’effort de réduction de l’arsenal militaire nucléaire des deux parties. En effet, le nombre de têtes nucléaires déployées est désormais limité à 1550 pour les deux États ; cela correspond à une baisse de deux-tiers par rapport au traité précédent, et au plus bas niveau jamais décidé. Enfin, dans le cadre du processus lancé par le premier sommet sur la sécurité nucléaire, environ 3800kg de matériaux nucléaires vulnérables ont été éliminés, ainsi que d’importantes réserves d’uranium dans 12 pays. De plus, 31 réacteurs nucléaires de recherche ont été fermés. Le principal pays concerné par ces progrès est l’Ukraine, où des centaines de tonnes de d’uranium enrichi ont été détruites avant le début de la guerre civile. Globalement, les États-Unis sont tout de même parvenus à impulser le phénomène mondial de lutte contre la prolifération des armes de destruction massive.

Le prochain Président américain aura encore beaucoup à faire dans ce domaine. Le danger que représentent les armes nucléaires reste important. Pour la sécurité mondiale, il est plutôt inquiétant d’entendre un des candidats favoris – Donald Trump – affirmer d’un air désintéressé que la prolifération nucléaire « va, de toute façon, se produire », et que ce phénomène est donc inévitable.

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Étudiante à Sciences Po Bordeaux (Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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