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Une course à la folie entre Donald Trump et Kim Jong-Un ?

 

La rhétorique belliciste des dirigeants nord-coréen et américain s’emballe ces derniers jours à mesure que les tests nucléaires nord-coréens s’avèrent plus précis et donc plus inquiétants pour la communauté internationale. A tel point que certains commentateurs en sont à chercher qui est le plus fou entre D. Trump et K. Jong-un. Et surtout au point de dramatiser inutilement la situation.

Trump, fou ? A moins que Kim Jong-Un ne comprenne que le langage belliciste ?

L’arme nucléaire, depuis son premier usage à Hiroshima et Nagasaki, n’a qu’un seul intérêt : la dissuasion. Son obtention par un pays lui permet de s’assurer de n’être jamais attaqué, par peur de représailles sanglantes. Mais qu’en est-il lorsque deux puissances nucléaires s’affrontent ? Dans le cas d’espèce, parler de dissuasion est trop faible. La Corée du Nord semble en effet capable, au vu des derniers tests, de toucher les États-Unis, alors que la cible la plus probable se situe de l’autre côté du 38e parallèle nord, en Corée du Sud. Dès lors, toute attaque nucléaire nord-coréenne sur son voisin  du Sud entraînerait très probablement une réponse américaine de même nature sur le régime de Pyongyang. Autant dire un projet suicidaire. Dès lors, l’on peut éventuellement taxer Kim Jong-un de « fou », mais le caractère suicidaire du dirigeant nord-coréen reste à prouver.

La dramatisation géopolitique est un concept particulièrement en vogue, pour des intérêts multiples. Sur le thème du nucléaire, force est de constater que ce concept est très vendeur. Ces dernières sept décennies ont été en réalité une somme de « near-misses » ou « quasi-accidents » : la crise des missiles de Cuba en 1962, programme Able Archer de 1983, crise indo-pakistanaise à la fin des années 1990, jusqu’à la crise iranienne de ces dernières années. A chaque fois, la dramatisation a servi les intérêts de la puissance déstabilisatrice. Par exemple, le programme de l’OTAN « Able Archer » a complètement déstabilisé l’URSS au début des années 1980, contribuant, entre autres facteurs, au renforcement du budget militaire soviétique, causant sa mort économique quelques années plus tard. Dans le cas nord-coréen, la dramatisation est contre-productive dans les deux camps. La Corée du Nord n’est pas l’Iran : des années de sanctions économiques ne la dissuadent pas d’interrompre son programme nucléaire, bien au contraire. Ainsi, menacer perpétuellement la Corée du Nord telle que le fait la communauté internationale, en multipliant notamment les embargos, s’est, pour l’instant, révélé être un échec. Mais paraître encore plus imprévisible voire irrationnel que son adversaire, comme le fait Trump, est une stratégie qui n’a pas été utilisée jusqu’à présent, et dont la finalité est évidemment à hauts risques. Côté nord-coréen, l’objectif de détenir l’arme nucléaire est encore flou, à part d’espérer effrayer le voisin sud-coréen.

Dramatiser, un concept vendeur

Dans une vague-générale anti-Trump, les propos guerriers du président américain ont évidemment soulevé un tollé, certains criant même à la folie. Il ne s’agit nullement de nier l’extrémisme de certains propos du président américain. Néanmoins, si promettre à la Corée du Nord « le feu et la fureur » comme le fait Trump est de la folie, il est dans la lignée de propos et de politiques américains tout aussi inquiétants. Faut-il ainsi rappeler que ses deux derniers prédécesseurs ont été capables pour l’un, de mentir ouvertement à la communauté internationale au sujet de l’existence d’armes de destruction massive d’un pays tiers, et pour l’autre de plaider pour un Moyen-Orient pacifié tout en usant massivement de drones sur divers pays de la région et en signant des contrats d’armes faramineux avec un pays (l’Arabie Saoudite) en pleine guerre « sale » chez son voisin yéménite…

Ainsi, ce n’est pas une course à la folie à laquelle nous assistons actuellement. Seulement une énième guerre des mots, ponctuée de tests nord-coréens dont l’objectif  à court ou moyen terme reste objectivement opaque. A moins d’une erreur américaine ou sud-coréenne, et évidemment d’un coup de folie nord-coréen, il est aujourd’hui improbable que la situation ne s’envenime. Mais il faut bien cela pour égayer un été pour l’instant assez calme sur le front international.

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d’HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d’un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l’Association Les Yeux du Monde

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