Le cuivre, nouvel or du Pérou
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Le cuivre, nouvel or du Pérou

 

Longtemps prisé pour son or, le Pérou a maintenant l’ambition de ravir à son voisin chilien le titre de leader mondial du cuivre. Deuxième producteur mondial depuis 2016, le Pérou est aussi le premier fournisseur en cuivre de la Chine. L’appel d’offre pour l’exploitation de la mine septentrionale de Michiquillay avec une mise de départ de 2 milliards de dollars qui devrait se conclure le 20 décembre témoigne du dynamisme du secteur. Toutefois, pour doubler sa production d’ici 2021, le Pérou doit encore réaliser de nombreux investissements en infrastructures, ainsi que faire face à l’opposition des populations locales. Enfin, le ralentissement de la croissance chinoise pourrait compromettre les espoirs péruviens.

Un secteur minier source de croissance

Le Pérou, très riche en matières premières aisément exploitables, a fortement modernisé son exploitation depuis les années 1990. La mine de Cerro Verde possède ainsi une canalisation qui conduit directement le cuivre au port de Punto Lobitos. Grâce à la forte croissance des IDE (+60% entre 2004 et 2013) et à des prix élevés des matières premières pendant toute la décennie 2000, le Pérou a accru sa production de cuivre de près de 170% entre 2004 et 2016. De plus, l’introduction d’une fiscalité progressive et unique pour le secteur minier en 2011 et la réduction de la TVA ont rassuré les investisseurs ; à tel point que le gouvernement ne prévoit pas moins de 51 milliards de dollars de projets miniers sur les prochaines années. Le secteur minier péruvien a, par ailleurs, profité de la remontée des prix du cuivre, qui a retrouvé son niveau de 2014. Enfin, il a bénéficié d’une forte demande chinoise. Grâce à cela le gouvernement péruvien espère renouer avec une croissance annuelle de 6,5% permettant d’importants investissements publics dans l’éducation et la santé, afin de réduire les inégalités.

Un or rouge en trompe-l’œil

Cependant, malgré ces indéniables succès et ses prises de position ouvertement favorables à une exploitation minière accrue, le gouvernement Kuczynski a encore à faire pour rattraper le Chili. Tout d’abord, la bureaucratie reste une entrave majeure, avec une inflation des règles auxquelles sont soumis les projets miniers (de 12 en 2001, le nombre est passé à 265 en 2017) et une superposition des différentes autorités et ministères. Vient ensuite le problème de l’investissement : le gouvernement n’investirait que 75% de ses revenus tirés de l’extraction minière, ce qui se ressent dans les infrastructures. Non seulement les routes et lignes de chemin de fer sont vétustes voire inexistantes, ce qui augmente grandement le coût de l’exploitation du fait des coûts de transport. Il est également reproché au gouvernement de ne pas investir suffisamment au service des communautés qui pâtissent le plus de l’exploitation. Ces dernières se mobilisent ainsi de façon croissante pour bloquer des projets miniers, notamment à Las Bambas, où les protestations ont fait 5 morts depuis 2015. Elles sont, en effet, victimes d’expropriation et dénoncent la pollution de l’air par des particules contenant des produits chimiques utilisés pour l’exploitation minière. Or, le gouvernement ne dispose pas d’une majorité parlementaire et ses alliés du Frente Amplio (gauche) sont fermement opposés à une politique minière volontariste.

Le principal problème sur le long terme est certainement la dépendance du Pérou à la Chine. La Chine est le premier client (25% des exportations) du pays et le cuivre, plus particulièrement, est très dépendant de la demande chinoise. Un ralentissement de l’économie chinoise, tel qu’il a pu être observé dernièrement, a déjà provoqué un ralentissement de la croissance péruvienne (2,5% en 2016). D’autant plus que, même si les revenus tirés de l’exploitation du cuivre permettent certes une redistribution et le développement, le Pérou pourrait être victime, comme ses voisins latino-américains, d’une désindustrialisation précoce causée par une économie tournée essentiellement vers l’exportation de matières premières (60% de ses exportations sont liées aux matières premières).

Si vous souhaitez approfondir les questions liées à la géopolitique et à la géoéconomie des matières premières, vous trouverez des explications claires illustrées d’exemples précis dans l’ouvrage des Yeux du Monde intitulé Panorama des ressources mondialesdisponible en cliquant sur ce lien.

About Adrien VILLARD

Etudiant à HEC Paris, ancien élève de prépa ECS au Lycée Privé Sainte-Geneviève à Versailles

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