La ruée vers l’or blanc: géopolitique du triangle du lithium en Amérique latine
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La ruée vers l’or blanc: géopolitique du triangle du lithium en Amérique latine

 

L’Argentine, le Chili et la Bolivie disposent de 70% des réserves mondiales de lithium. La récente expansion de la demande pourrait constituer un formidable moteur de croissance. Face à la concurrence exacerbée pour l’exploitation de cette ressource, ces Etats adoptent des stratégies différentes, porteuses de risques. 

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Désert d’Uyuni épicentre du  triangle du lithium

Le lithium est un excellent électrolyte, élément de base des batteries de portable ou de voiture. Depuis 2011, avec le boom des  véhicules électriques, le prix et la demande mondiale de ce métal non coté en bourse augmentent de manière frénétique. Or, le lithium est particulièrement difficile et coûteux à obtenir. En effet, il nécessite une extraction puis une purification préalable à son utilisation. Pour les pays du triangle du lithium, l’enjeu est donc double. Il s’agit d’une part de disposer de la technologie et des investissements nécessaires à l’extraction brute et, d’autre part, des capacités d’industrialisation essentielles au « raffinage du lithium ». Les trois Etats sont donc en concurrence directe pour bénéficier de l’expansion de la demande. Leurs stratégies de développement sont pourtant différentes et comportent chacune leur propre lot d’incertitudes.

Le Chili semble être le pays le mieux armé dans cette course à l’or blanc. Sa loi minérale de 1981 a largement contribué à libéraliser le secteur et à favoriser les investissements. Cette politique a assuré le leadership mondial chilien dans l’exportation de cuivre et la formation d’ingénieurs spécialisés. Premier Etat du triangle à prendre conscience du potentiel géostratégique du lithium,  le Chili dispose non seulement d’exploitations minières mais aussi du capital humain et financier pour assurer seul l’extraction brute du lithium. Second exportateur mondial, il ne dispose pourtant pas encore de la technologie suffisante pour le raffiner. Consciente que le lithium est une « ressource stratégique », la présidente chilienne Michelle Bachelet, a ordonné la nationalisation d’une grande partie des exploitations préexistantes. Par ailleurs, elle tente de favoriser l’implantation  des entreprises de raffinage de produits à base de lithium en leur proposant des avantages fiscaux et des prix préférentiels.

La  Bolivie et l’Argentine peuvent-ils  concurrencer le modèle chilien ? 

La Bolivie dispose à la fois de la plus grande réserve de lithium au monde mais également sous la forme la plus facile à exploiter. A titre de comparaison, les réserves de l’Australie (actuel leader) sont 4 fois inférieures à celle de Bolivie avec des coûts d’extraction six fois supérieurs. Pour autant, cet avantage matériel ne s’est pas concrétisé sous le socialisme indigène d’Evo Morales. En effet, la baisse brutale du cours du pétrole a anéanti la stratégie de développement bolivarienne. Celle-ci prévoyait la nationalisation de l’ensemble des ressources naturelles puis l’exploitation massive de ces dernières. Par conséquent, le sol bolivien demeure pratiquement inexploité par manque d’infrastructures et d’investissements. Cette situation totalement inédite oblige Sucre à reconsidérer sa politique protectionniste à travers la création d’une entreprise publique chargée de négocier des contrats d’investissements avec des entreprises internationales.

Pour sa part, l’Argentine profite des politiques protectionnistes chiliennes et boliviennes pour attirer et polariser les investissements étrangers sur son territoire. L’arrivée au pouvoir de Macri a permis de rouvrir le pays aux investissements étrangers suite à lère kitchnériste par la suppression de  la taxe sur les exportations minières. 4ème réserve mondiale, l’Argentine est ainsi devenue  récemment l’espace le plus attractif du triangle du lithium en adoptant des mesures similaires à celle du Chili des années 90. Pour autant, en l’absence d’une réelle politique de développement des territoires combinée à un transfert de technologie, cette ouverture risque de se réduire à une simple exploitation des ressources sans aucune garantie de retour sur investissements.

Aucun de ces trois Etats n’a encore pris d’avantage décisif dans cette course au lithium. Le premier qui sera capable de raffiner le métal remportera la compétition. Dans cette attente, les membres du triangle du lithium restent encore totalement dépendants des investisseurs étrangers et de leur technologie.

About Vincent VEAUCLIN

Vincent Veauclin est étudiant à Sciences Po Saint Germain en Laye. Passionné par la géopolitique latino-américaine. Il est rédacteur aux Yeux du Monde depuis 2018.

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