Venezuela : vers une crise des réfugiés ?
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Venezuela : vers une crise des réfugiés ?

 

Le Venezuela, longtemps considéré comme l’un des pays les plus riches d’Amérique latine grâce à ses réserves pétrolières, sombre depuis maintenant plusieurs mois dans une crise économique et sociale sans précédent au point d’être, aujourd’hui, qualifié par certains journalistes et hommes politiques tels que Mike Pence, comme un Etat failli. Alors que l’attention médiatique se porte sur le possible défaut de paiement de la dette du pays et la succession de mesures anti-démocratiques très controversées prises par le gouvernement de Maduro, la crise humanitaire que connaît le pays a, quant à elle, traversé les frontières.

Une émigration forcée

Depuis trois ans, le Venezuela, dont l’économie repose, essentiellement, sur les exportations pétrolières, s’enfonce progressivement dans une crise économique à laquelle le gouvernement du président Maduro a été incapable de trouver des solutions. Mis à mal par l’opposition majoritaire à l’Assemblée Nationale et des manifestations populaires à travers le pays, le camp chaviste cherche à maintenir son autorité politique au point de nier l’existence même d’une crise humanitaire dans le pays. Pourtant, celle-ci s’aggrave de jour en jour avec des pénuries de nourriture, de médicaments, un chômage de plus en plus élevé et une inflation qui, selon l’opposition, atteindrait les 2000%. En réponse à cette situation économique et sociale précaire, de nombreux vénézuéliens se voient contraints de passer les frontières pour se rendre au Brésil et en Colombie. Si la plupart d’entre eux le font pour des raisons médicales et retournent ensuite au Venezuela, un nombre croissant reste dans l’espoir d’y démarrer une nouvelle vie. En 2016, environ 200 000 vénézuéliens, soit le double des années précédentes, ont ainsi quitté leur pays.

Le Brésil déstabilisé

Première de ces terres d’accueil, la Colombie a accueilli, en janvier 2017 seul, plus de 47 000 vénézuéliens fuyant leurs conditions de vie. Sur l’année 2017, le Brésil estime en avoir accueilli, quant à lui, 40 000. Ces afflux de réfugiés que les autorités ne sont pas parvenues à anticiper font naître une inquiétude croissante au sein des populations locales qui craignent que la crise humanitaire vénézuélienne s’étende jusqu’à eux. En effet, l’arrivée de ces migrants se fait, pour le moment, essentiellement dans les régions rurales frontalières telles que Roraima au Brésil, qui ne disposent pas des infrastructures nécessaires pour les accueillir. Le défi est de taille pour le pays, attaché à son image de terre d’accueil mais aujourd’hui confronté à un taux de chômage croissant et à sa pire récession depuis un siècle.

Le gouvernement brésilien a, pour le moment, échoué à répondre à l’une des plus importantes migrations forcées d’Amérique latine de ces dernières décennies. Un grand nombre de réfugiés vit dans les rues, dort dans des abris improvisés et, faute de pouvoir travailler, se tourne vers des activités illégales telles que la prostitution. Malgré l’intervention du Haut Commissariat des Nations Unis pour les réfugiés, la réponse du gouvernement est toujours insuffisante pour faire face aux défis sociaux et économiques du pays qui se refuse, pourtant, à fermer ses frontières.

Fort des victoires écrasantes remportées par les chavistes aux dernières élections, le président Maduro se prépare désormais pour les présidentielles de 2018. Si cette période de campagne politique semble propice à des mesures économiques pour enfin venir en aide aux populations, il est pourtant plus probable que cette année soit riche en tensions et voit renaître des manifestations portées par l’opposition. Pour faire face à cette situation pressante, le Brésil voisin doit donc établir rapidement une stratégie claire pour contrôler une immigration qui ne pourra qu’empirer dans les mois à venir.

About Chloé JAMES

Chloé James est diplômée d'un Master 2 de l'Institut Français de Géopolitique. Elle s’intéresse de près aux enjeux liés aux risques politiques, notamment en Amérique latine, Afrique et Moyen-Orient. Elle est rédactrice pour les Yeux du Monde depuis janvier 2018.

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