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Un mur entre les Etats-Unis et le Mexique : nouvelle(s) frontière(s) ?

 

Le 25 décembre dernier, Donald Trump a posé la première pierre de son projet de bâtir un mur à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique en signant un décret visant à limiter l’accès aux fonds fédéraux pour les villes sanctuaires qui accueillent des immigrants clandestins.

Promesse de campagne du 45eme président des Etats-Unis, la construction d’un mur entre le Mexique et les Etats-Unis est incontestablement la mesure choc du programme de Donald Trump. Avec la signature de ce nouveau décret présidentiel, quelques jours après son investiture, la création du mur de Donald Trump devient un réalité concrète. Ainsi le décret entend « prendre toutes les mesures appropriées pour planifier, dessiner et construire un mur physique en recourant aux matériaux et technologies les plus efficaces d’aboutir à un contrôle opérationnel total de la frontière sud ». Si le décret présidentiel reste flou sur les modalités, les délais et les financements de l’opération, il marque cependant la volonté de Trump d’agir vite.

Longue de près de 3200 kms, la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis s’étend depuis l’Océan Pacifique jusqu’à l’Océan Atlantique. Elle est longée par deux fleuves, le Rio Bravo del Norte et le Rio Grande, qui se jette dans le Golfe du Mexique. La frontière est close, surveillée et militarisée sur plus du tiers de son étendue (1120 Kms). Par ailleurs, une grande partie de cette frontière est déjà marquée par la présence d’un mur, hautement surveillé. L’idée d’un mur n’est donc pas nouvelle. Cette entreprise de militarisation a débuté dès la fin des années 1970, sous l’impulsion des présidents Carter, Reagan et G. H. Bush et aboutit à la mise en place de dispositifs de surveillance militaire allant de pair avec l’accroissement des fonds de l’Agence fédérale Immigration and Naturalization Service (INS). Ce dispositif sera renforcé sous l’administration Clinton, avec la présence de gardes militaires visant à dissuader les passeurs. La présidence Bush renforcera encore un peu plus le dispositif, avec la mise en place du plan prévu dans le cadre du Secure Fence Act en 2006, dont le but était « d’atteindre le contrôle opérationnel de la frontière » qui se traduira par un renforcerment des effectifs des U.S. Border Patrols. Barack Obama n’a quant à lui pas ou peu touché à ce dispositif de sécurité. Il a été cependant l’instigateur d’un rapprochement avec le gouvernement mexicain, sous forme de coopération policière avec l’envoi de 400 agents fédéraux pour collaborer à la lutte contre les cartels et avec la création en 2009 d’un centre de renseignement régional, sous tutelle du FBI. Dès lors, si un mur entre le Mexique et les Etats-Unis n’est pas inédit, pourquoi le projet de Trump fait-il polémique ?

Frontière culturelle, socio-économique, politique et idéologique,  la séparation au niveau de la conurbation entre Tijuana (à droite) et San Diego (à gauche) illustre les fortes disparités de part et d’autre du mur.  

Sur le plan politique, le projet de Donald Trump s’inscrit à contre-courant de la politique menée par Barack Obama, qui avait rétabli une politique de dialogue et d’apaisement avec le Mexique en faisant voter en 2013 une loi de régularisation des quelques 11 millions de sans-papiers aux Etats-Unis, dont une grande majorité provenait du Mexique. La mise en place d’un mur et d’une nouvelle rhétorique hostile au Mexique permet à Trump de renforcer sa base électorale la plus radicale, souvent concentrée dans les Etats frontaliers du Mexique (Texas, Arizona) et accentuer les pressions sur le Mexique.

Sur le plan socio-démographique, le projet semble injustifié au regard de l’évolution de l’immigration mexicaine aux Etats-Unis. En effet, selon les chiffres de l’US Census Bureau ,depuis 2003, l’immigration mexicaine aux Etats-Unis, légale et illégale, a baissé de moitié (1,9 millions de Mexicains entre 2003 et 2008 contre 819 000 entre 2008 et 2012) en raison notamment du ralentissement de l’économie américaine et une chute de l’emploi (dans le secteur du BTP notamment). Aujourd’hui, la population d’origine mexicaine représente 13,3% de la population totale, faisant du Mexique la première communauté d’origine étrangère aux Etats-Unis.

Sur le plan économique, le mur aurait d’importantes conséquences tant pour le Mexique que pour les Etats-Unis, car leurs économies sont fortement interdépendantes. Selon le World Economic Forum, les Etats-Unis sont le premier partenaire du Mexique, et 41% des investissements directs à l’étranger du Mexique proviennent des Etats-Unis. Ces derniers sont pour leur part très liés économiquement au Mexique : 4eme plus grand exportateur en pétrole, le Mexique est le troisième partenaire commercial des Etats-Unis. La mise en place d’un mur avec le Mexique menacerait les 5 millions d’emplois américains vivant de l’économie transfrontalière et constituerait un obstacle aux 1,4 milliards de dollars de flux qui traversent la frontière chaque jour.

Sur le plan géopolitique enfin, la mise en place d’un mur fragiliserait l’équilibre des zones transfrontalières et pourrait engendrer un regain de disparités au niveau régional et local (comme au niveau de la conurbation entre San Diego et Tijuana). Un mur pourrait paradoxalement renforcer les trafics illégaux et l’économie parallèle engendrée par les passeurs et les gangs sur fond de pauvreté au détriment d’une immigration légale et qualifiée. Dans un climat généralisé de tensions politiques entre les deux pays, le renforcement de la présence d’hommes armés représente un danger supplémentaire dans une zone minée par la corruption et la criminalité.

About Timothée WITKOWSKI

Géographe de formation et diplômé d'une école de commerce, j'ai orienté ma carrière vers les questions énergétiques et les affaires européennes. Je travaille à Bruxelles en tant que chargé de financements de projets énergétiques européens.

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