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Une course à l’armement en Asie du Sud-Est ?

 

L’Asie du Sud-Est est aujourd’hui une des régions du monde où l’augmentation des dépenses d’armement et de défense est la plus rapide. Les analystes du Stockholm International Research Institute (SIPRI) spécialisés dans les questions militaires estiment que les gouvernements du Sud-Est asiatique ont investi 24,5 milliards de dollars dans l’achat de matériel militaire et de défense stratégique l’année dernière, soit une augmentation de 24,5% par rapport à l’année précédente. L’Indonésie se place en tête du classement avec une augmentation des dépenses militaires de 84%. Cette escalade traduit-elle le début d’une course à l’armement témoignant de tensions frontalières et interétatiques accrues ?

Le phénomène est général en Asie : pour la première fois dans l’histoire moderne, les dépenses militaires asiatiques sont sur le point de dépasser celles de l’Europe, d’après l’International Institute for Strategic Studies, un think-tank londonien. Par exemple, la Chine double son budget de défense tous les cinq ans et l’Inde vient d’annoncer une augmentation de 17% des dépenses militaires pour 2012, à hauteur de 40 milliards de dollars. Ce constat est certes frappant pour les deux géants asiatiques autant que pour les îles-Etats, mais on doit se garder de conclusions hâtives.

Récemment, la seule explication rationnelle de cette apparente course à l’armement serait l’augmentation généralisée des interventions militaires intra étatiques, ce qui, en soi, remettrait en cause radicalement l’idée même d’une course à l’armement puisque les gouvernements sont souverains en leur sol (affirmation que l’on peut nuancer dans une mesure qui n’est pas à elle seule une explication suffisante). En effet, depuis des décennies, aucun conflit interétatique de grande ampleur n’a pu être constaté en Asie du Sud-Est. Concrètement, les Etats semblent vouloir profiter de leur succès économique (une croissance d’environ 6% en moyenne sur la zone) en modernisant leur matériel militaire. Preuve : après la crise économique de 1997-1998, les dépenses d’armement avaient largement diminué alors même que les flottes maritimes et aériennes étaient obsolètes.

Le maître mot serait donc non pas une course stratégique à l’armement, mais bien une modernisation des flottes et infrastructures militaires.

Il faudrait ensuite procéder à une typologie détaillée des Etats pour comprendre tous les enjeux de l’armement en Asie du Sud-Est. Par exemple, l’Indonésie doit son investissement massif dans les dépenses militaires à l’humiliation de ses forces armées après le tsunami de 2004. En Thaïlande, ce sont les calculs politiques nationaux qui entrent en ligne de compte ; en bref, il s’agit de rallier l’armée à un programme politique. Pour Singapour en revanche, l’intérêt est davantage stratégique : c’est le seul pays de la zone à exporter du matériel militaire, historiquement aux pays en développement, mais plus récemment aux pays occidentaux également. Bien sûr, les conflits territoriaux en mer de Chine ne sont pas étrangers à cette apparente course à l’armement, mais le Vietnam et les Philippines sont loin de concurrencer le géant chinois qui y réfléchira peut être à deux fois avant de provoquer un conflit ouvert qui engagera très probablement les Etats-Unis à la rescousse.

About Chloé CAPARROS

Chloé Caparros est actuellement en stage de césure à Hong Kong dans le cadre de son Master à HEC, programme Grande Ecole. Titulaire d’un double-diplôme en Mathématiques Appliquées aux Sciences Sociales (Paris I – Panthéon-Sorbonne), elle est secrétaire de l’association Les Yeux du Monde.

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