Victoire du premier ministre cambodgien au pouvoir depuis 1985 : rien de nouveau ?
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Victoire du premier ministre cambodgien au pouvoir depuis 1985 : rien de nouveau ?

 

Les élections législatives du 29 juillet marquent la victoire du Parti du peuple cambodgien et une énième reconduction au pouvoir pour Hun Sen, homme fort du pays au Cambodge depuis 1985. Pour autant, les résultats amènent à souligner un changement de taille au sein du rapport de force du pays.

Le plus vieux dirigeant d’Asie, Hun Sen, a débuté sa carrière d’homme d’Etat à la faveur du renversement des Khmers rouges par l’armée vietnamienne en 1979. Arrivé au sein du gouvernement, il en prend la direction dès 1985 pour ne plus véritablement la quitter, si ce n’est à partir de 1993, à la suite d’une défaite qu’il ne reconnaîtra vraiment jamais. Il va d’ailleurs conserver une véritable influence au sein du pouvoir, étant le numéro deux du gouvernement et déposant le 5 juillet 1997 Nordom Ranariddh, pourtant vainqueur des élections législatives précédentes, à l’occasion de que la communauté internationale d’alors qualifia de coup de force.

Cela n’empêchera pas le parti d’Hun Sen de remporter la victoire aux élections de 1998, de 2003 et de 2008, toujours avec une progression de ses voix et un recul de celles de son principal concurrent, le FUNCINPEC (Front uni national pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif), ce au profit du parti Sam Rainsy, aujourd’hui seul challenger du parti au pouvoir.

Souvent présentées comme validant le statu quo, les toutes dernières élections en date pourraient bien marquer un tournant dans l’histoire politique du pays.

Notons tout d’abord la fin de l’exil pour Sam Rainsy; chef de l’opposition. Réfugié en France pour échapper aux condamnations de ce qu’il qualifiait de procès politiques, il a été gracié par le roi Sihamoni et a pu revenir dans son pays dix jours avant le début du scrutin. Pour autant, ni le vote ni l’éligibilité ne lui étaient permises.

Remarquons ensuite le nouveau rapport de force électoral dessiné par le dernier scrutin. Si le parti de Hun Sen, sans surprise, conserve une solide majorité avec 68 sièges sur 123, l’opposition a elle totalisé 55 sièges. Autrement dit, autant une sacrée saignée pour le Parti du peuple cambodgien (90 sièges en 2008) qu’une étonnante percée pour le Parti Sam Rainsy (26).

Un résultat d’autant plus important que de nombreuses irrégularités ont été dénoncée : achat de votes, intimidations par les forces armées, disparition de noms de personnes inscrites sur les listes électorales (jusqu’à 1,25 million de personnes selon le Comité pour les élections libres et justes au Cambodge)… Une situation qui amène l’opposition à appeler à de nouvelles élections partielles voire à un nouveau scrutin, mais ce avec bien peu d’espoirs.

Tout autant peut-on douter d’une alternance prochaine. Quelle chance que celle-ci se déroule, alors que Hun Sen conserve malgré tout de nombreux partisans, représente pour beaucoup le retour du pays à une certaine stabilité et prospérité, tient l’appareil d’Etat et a promis de rester jusqu’à ses 74 ans au pouvoir ? Plus qu’un basculement du pouvoir, les dernières élections cambodgiennes laissent espérer la constitution d’une opposition crédible et susceptible, le jour venu, de canaliser un mécontentement grandissant au pays des Khmers.

About Vincent SATGE

Vincent Satgé est cofondateur du site les-yeux-du-monde.fr ainsi que coprésident de l’association Les Yeux du Monde. Il étudie actuellement à Sciences Po Bordeaux.

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