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Quelle politique de défense pour le Japon aujourd’hui ?

 

Puissance économique de premier plan depuis son « miracle économique » des années 1960, le Japon est aujourd’hui la troisième économie mondiale (par PIB nominal). Adepte de la diplomatie du chèque et d’actions pacifiques, le Japon semble aujourd’hui plus que jamais à un tournant de son histoire diplomatique.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, le Japon s’est refusé à exercer une quelconque activité de défense sur la scène internationale. En témoigne ainsi le fameux article 9 de sa constitution qui dispose ce qui suit : « Le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux. » L’arme nucléaire est bien évidemment comprise dans le lot, comme l’exprime la fameuse doctrine de l’ex-premier ministre Eisaku Sato : « ne pas fabriquer, ne pas posséder, ne pas accueillir d’armes nucléaires ».
Cependant une force d’autodéfense a été créée à partir de 1954, dont le budget ne peut néanmoins dépasser 1% du PIB nippon. Surtout, la principale garantie en matière de défense reste l’alliance avec les États-Unis. L’archipel accueille ainsi un peu moins de 50.000 soldats américains (la moitié sur l’île d’Okinawa) et est intégré au système de défense anti-missile.

Face à cette autonomie stratégique très limitée, les menaces ne manquent pas dans l’environnement proche du Japon. Les îles Kouriles, sous contrôle russe mais à l’intérêt important du fait de leurs ressources halieutiques, ont jusqu’ici empêchées toute signature de traité de paix avec la Russie. La Corée du Sud et la Chine lui disputent la souveraineté de certains territoires (sans chercher à être exhaustif, respectivement les îles Takeshima et les îles Senkaku/Diaoyu) et lui rappellent à l’envie les crimes de guerre commis durant leur période d’occupation. La Corée du Nord enfin la menace régulièrement avec son arme nucléaire (comme en 1998, lorsqu’un missile nord-coréen a survolé l’archipel).

Avec le temps, le gouvernement japonais a adopté une ligne beaucoup plus dure sur les questions de souveraineté militaire. Le retour au pouvoir du Premier ministre Shinzo Abe en est une des illustrations les plus typiques.

Depuis 2005, le Japon possède un ministère de la Défense (qui n’était alors qu’une agence) tandis que l’éventuelle suppression de l’article 9 de la constitution devient un véritable serpent de mer en politique intérieure. Enfin, chaque premier ministre japonais se retrouve annuellement placé devant le même dilemme : commémorer les pertes humaines de la seconde guerre mondiale au sanctuaire de Yasukuni où sont honorées les mémoires de criminels de guerres de l’empire Japonais, quitte à fâcher ses voisins ?

Il semble que l’actuel Premier ministre Shinzo Abe ait arrêté son opinion sur toutes ses problématiques. Il s’est d’ores et déjà rendu au sanctuaire de Yasukuni, déclenchant l’indignation de la communauté internationale. Le 21 décembre dernier, il a ainsi fait adopter la première stratégie nationale de sécurité, qui prévoit notamment la hausse des dépenses militaires, sans doute pour répondre aux tensions grandissantes avec la Chine. L’article 9 serait sa prochaine cible : une rigidité exceptionnelle de la constitution lui empêche de s’y lancer actuellement, mais les élections à venir, alliées à sa popularité grandissante, devraient rendre la chose envisageable après les sénatoriales de juillet…

About Vincent SATGE

Vincent Satgé est cofondateur du site les-yeux-du-monde.fr ainsi que coprésident de l’association Les Yeux du Monde. Il étudie actuellement à Sciences Po Bordeaux.

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