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Les Aborigènes d’Australie : une reconnaissance laborieuse

 

Le 6 juillet 2015, des discussions historiques ont eu lieu à Sydney au sujet du statut des Aborigènes d’Australie dans la Constitution. Historiques, car elles ont été conjointement organisées par le Premier ministre, Tony Abbott, et le chef de l’opposition, Bill Shorten ; mais aussi car des leaders aborigènes ont participé.

Les Aborigènes, les premiers australiens oubliés et martyrisés

Adam Goodes, nouvelle figure de la communauté Aborigène.
Adam Goodes, nouvelle figure de la communauté Aborigène.

Les Aborigènes sont les premiers hommes à avoir occupé le sol australien. Il est estimé qu’ils s’y sont installés il y a plus de 40 000 ans. Ils ont vécu en autarcie pendant des millénaires et ont développé leur propre culture, ainsi que différentes langues. En 1788, ces premiers Australiens étaient divisés en 250 tribus, organisées chacune selon ses propres lois.

En 1750, l’arrivée des premiers colons anglais a marqué la fin de cet âge d’or. Les Aborigènes sont marginalisés. A cause de leur résistance à la colonisation, ils ont été victimes de violences. Beaucoup de massacres ont eu lieu dans tout le pays, comme celui de Myall Creek en 1838. Un des épisodes les plus sombres de la colonisation a été révélé en 1997 dans le rapport « Bringing them home ». De la fin du XIXème siècle, jusqu’aux années 1970, des enfants aborigènes ont été enlevés à leurs familles, puis placés dans des orphelinats, des centres sociaux ou encore des missions chrétiennes. Le but était l’assimilation culturelle. Ces enfants devaient être élevés « à l’européenne ». Ces jeunes ont été baptisés la « stolen generation » (1).

Pendant la deuxième moitié du XXème siècle, les Aborigènes ont été progressivement reconnus, du fait d’actions menées par la communauté. Un épisode marquant est celui de la tente installée à l’extérieur du Parlement à Canberra pour revendiquer leur droit à la propriété (« Aboriginal Tent Embassy », 1972). En 1976, l’Aboriginal Land Rights Act répondit à ces revendications en garantissant un droit de propriété à certains Aborigènes dans le Nord. Puis, en 1992, la Haute cour australienne rejette la fiction juridique de terra nullius, et redonne la propriété foncière aux Aborigènes.

Et maintenant ?

Pour parachever cette évolution, le Premier ministre souhaite faire inscrire les Aborigènes dans la Constitution, par le biais d’un référendum. Beaucoup de députés de la majorité (Parti libéral) sont réticents. Ils pensent que la population n’est pas prête. Pourtant, un sondage organisé par The Australian en juin 2015 a révélé que 63% des interrogés seraient pour ce changement. Un futur avec une Constitution australienne sans des clauses permettant à l’État d’établir un critère de race et d’adopter des lois raciales semble possible.

Les réticences des députés paraissent cependant fondées quand on constate le racisme dont sont encore victimes les Aborigènes. Un des exemples les plus récents est celui d’Adam Goodes, joueur de footy. Il avait déjà été traité de « singe » par une fille de 13 ans lors d’un match en 2013. Depuis, les choses n’ont fait qu’empirer. A chaque match, une grande majorité des spectateurs le huent. Cela ne l’empêche pas d’affirmer avoir « honte d’être Australien » quand il voit les conditions de vie réservées aux membres de sa communauté. Ces faits montrent combien le passé colonial de l’Australie est lourd. Tous les Australiens ne sont pas prêts à considérer les Aborigènes comme leurs égaux, et encore moins à accepter leurs erreurs. Il faut aussi ménager les Aborigènes, pour qui les blessures de ce passé sont loin d’être cicatrisées. Les discussions publiques qui débuteront en septembre à travers tout le pays auront beaucoup à faire pour que les mentalités évoluent.

Il serait pourtant nécessaire que les choses changent, notamment car les Aborigènes vivent dans des conditions de vie alarmantes, comparables à celles des pays du Tiers-monde. Ceci parait invraisemblable dans un pays avec un IDH de 0,933 (quand on prend en compte sa population globale). L’Australie est le deuxième pays au monde avec les meilleures conditions de vie possibles ; mais 470 000 de ses habitants n’en profitent pas. Même la politique lancée en mars 2008 « Closing the gap », supposée améliorer la santé, l’accès à l’éducation, ou encore les conditions d’habitations, n’a pas fait avancer les choses. L’espérance de vie des Aborigènes à la naissance est seulement de 59,6 ans.


(1) « Génération perdue »

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Étudiante à Sciences Po Bordeaux (Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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