Tensions persistantes à la frontière indo-népalaise
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Tensions persistantes à la frontière indo-népalaise

 

Depuis la promulgation de la nouvelle constitution népalaise, le 20 septembre 2015, la jeune démocratie himalayenne est en proie à une grave crise politique, ayant provoqué la mort d’une cinquantaine de personnes. Celle-ci s’est muée en crise diplomatique avec le voisin indien lorsque ce dernier a suspendu ses exportations vers le Népal. 

Avec la suspension des exportations indiennes vers le Népal, l'attente peut durer plusieurs jours pour s'approvisionner en gaz et en essence.
Avec la suspension des exportations indiennes vers le Népal, l’attente peut durer plusieurs jours pour s’approvisionner en gaz et en essence.

Dans un précédent article, «Les Yeux du Monde» revenait sur la difficile prise en compte des minorités ethniques dans l’élaboration de la nouvelle constitution népalaise. Plus de quatre mois après l’adoption de la nouvelle Loi fondamentale, la question n’est toujours pas résolue. Au coeur de la crise constitutionnelle, se trouve l’ethnie Madhesi, essentiellement présente dans la région du Terai (la plus au sud) et entretenant des liens historiques avec l’Inde. Opposés aux nouveaux tracés des Etats fédéraux qu’ils jugent défavorables à leur représentation politique, les membres de la communauté Madhesi ont engagé un bras de fer avec le gouvernement central. Outre le nouveau tracé, leurs revendications portent sur un meilleur accès aux emplois dans l’administration ainsi que sur une représentation proportionnelle dans les assemblées du pays.

L’Inde accusée d’ingérence

Ce qui fait débat dans la crise politique qui agite le pays, c’est l’ingérence plus ou moins avouée du voisin indien. Pour faire valoir ses droits, les manifestants Madhesi ont en effet bloqué le principal point de passage entre le Népal et l’Inde, à Birgunj, qui voit transiter près de 60% des importations népalaises. Une partie de l’opinion népalaise n’a pas manqué d’y voir la main du «grand frère indien», relevant que la levée progressive du blocus par l’Inde avait coïncidé avec la proposition, par le parlement népalais, d’amendements à la constitution plus favorables à la communauté Madhesi. Justifiant la suspension de ses exportations par la trop grande instabilité à sa frontière, Delhi a réfuté toute pression à l’égard du gouvernement népalais tout en saluant les propositions d’amendement de celui-ci et en l’invitant à poursuivre dans cette voie.

A l’heure où le point de passage de Birgunj réouvre progressivement, la situation est encore loin d’être réglée alors que les responsables Madhesi ont rejeté ces amendements jugés insuffisants. Corollaire du blocus à la frontière, le Népal tourne au ralenti. Enclavé entre les deux géants que sont la Chine et l’Inde, le pays a développé une forte dépendance aux importations et le ralentissement des échanges avec l’Inde fait peser de lourdes menaces sur l’un des pays les plus pauvres du monde, en pleine reconstruction suite au séisme dévastateur de 2015. La pénurie en denrées de base (carburants, médicaments, nourriture…) s’accompagne d’une forte inflation particulièrement menaçante pour les quelques 25% de la population vivant sous le seuil de pauvreté (source Banque Mondiale). Dès novembre 2015, l’UNICEF alertait du risque que la crise politique faisait peser sur le pays et particulièrement sur les enfants, faute d’approvisionnement en fournitures essentielles (notamment en médicaments). Du côté de Delhi, on craint la diffusion d’un sentiment anti-indien dans un pays dont l’histoire est notamment marquée par les violences contre les minorités.

Cette crise vient tempérer les espoirs suscités par l’adoption de la nouvelle Constitution il y a quelques mois. Surtout, elle vient confirmer l’absence totale d’autonomie de la jeune démocratie dans son développement. L’accord inédit, signé avec la Chine au plus fort de la crise, et prévoyant l’envoi de camions citernes remplis d’essence par Pékin, témoigne de la faible marge de manoeuvre du Népal, jonglant d’une dépendance à une autre.

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