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Hong Kong inquiète – de nouveau – Pékin

 

En cette fin d’été 2016, l’attention de Pékin s’est portée sur Hong Kong, une de ses deux Régions administratives spéciales (RAS). Les résultats des élections législatives organisées le 4 septembre –  les premières depuis le Mouvement des parapluies en 2014 – ont en effet fait grincer des dents les élites politiques chinoises. Pour la première fois, des députés, réclamant la fin de la tutelle chinoise instaurée en 1997, vont siéger au Conseil législatif (ou « LegCo »). Cela déplaît fortement à la Chine qui n’apprécie pas que des ambitions indépendantistes soient exprimées dans n’importe quelle partie de son vaste territoire.

Nathan Law - ici en campagne pour son parti Demosisto - est un des six députés indépendantistes qui siégeront au LegCo hongkongais.
Nathan Law – ici en campagne pour son parti Demosisto – est un des six députés indépendantistes qui siégeront au LegCo hongkongais.

Un scrutin marqué par une poussée du courant dit « localiste » issu du Mouvement des parapluies

Les Hongkongais se sont fortement mobilisés pour choisir une partie des nouveaux députés du LegCo. Plus de 2,2 millions de personnes ont voté, soit 60% de participation (+ 7% par rapport à 2012). Certains électeurs ont patienté jusqu’à 2 heures du matin pour pouvoir accéder à un bureau de vote. Deux faits essentiels ont retenu l’attention des observateurs locaux et internationaux.

Tout d’abord, le camp pro-démocratie est parvenu à conserver sa minorité de blocage au sein du LegCo (soit 24 sièges). Cela n’était pas garanti car la majorité en place – ouvertement pro-Pékin – avait mené une campagne très dynamique, et redoublé de moyens financiers, pour mobiliser ses partisans.

Ensuite, six sièges vont revenir à de jeunes femmes et hommes politiques anti-establishment pékinois. Parmi eux, il y a notamment Nathan Law, 23 ans, qui a cofondé le parti Demosisto, après les manifestations de 2014 dont il était une des figures de proue. A ses côtés, il y aura aussi l’activiste écologique Chu Hoi dick, ainsi que Yau Wai-Ching, une radicale du parti « localiste » Youngspiration. Six sièges, ce n’est qu’une poignée face aux 40 mobilisés par les partis politiques pro-Pékin (Business and Professionals Alliance for Hong Kong ; Democratic Alliance for the Betterment and Progress of Hong Kong…). Mais c’est tout un symbole pour une génération de hongkongais qui est déterminée à faire évoluer le système du pays.

Cette percée « localiste » reflète une envie croissante d’indépendance de la part des Hongkongais, vis-à-vis de Pékin

Beaucoup d’habitants de Hong Kong jugent que la Chine ne respecte pas le principe « un pays, deux systèmes », énoncé par Deng Xiaoping en 1997, lorsque Hong Kong avait été rétrocédé à la Chine, par les britanniques. Selon cette règle, la ville devait être semi-autonome, notamment dans les domaines politique, culturel et éducatif. Cette emprise de la Chine est visible dans le système électoral, qui assure une majorité aux partis pro-establishment. Elle a aussi été clairement perçue quand Pékin a décidé de remercier Rebecca Li, une des responsables les plus respectées de la Commission indépendante hongkongaise contre la corruption (Hong Kong’s Independent Commission Against Corruption, ICAC). Beaucoup craignent que le comité perde désormais en neutralité.

La nouvelle génération souhaite donc mettre fin à la mainmise grandissante de la Chine sur leur ville. Certains souhaitent seulement que le principe « un pays, deux systèmes » soit totalement respecté. D’autres ont des propositions plus radicales. C’est le cas du parti Demosisto, du nouveau député N. Law, qui réclame l’organisation d’un référendum pour l’auto-détermination hongkongaise. C’est évidemment inacceptable pour Pékin, qui a stoppé toute couverture médiatique des élections une fois les premiers résultats publiés.

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Étudiante à Sciences Po Bordeaux (Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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