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La deuxième Guerre du Haut-Karabagh aura-t-elle lieu ?

 

Ces dernières semaines, un regain de violence a été constaté à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et plus précisément dans la région du Haut-Karabagh (sud-ouest azerbaïdjanais). Le mois de mai a été marqué par de nombreuses attaques directes, venant des deux camps. Pour la première fois depuis le cessez-le-feu qui avait mis fin à la Guerre du Haut-Karabagh (1988-1994), l’Azerbaïdjan a utilisé des missiles pour détruire des systèmes de défense aérienne appartenant à l’Arménie (15 mai). L’Arménie n’a pas tardé à répliquer dans les jours qui ont suivi.

Treize ans après la fin de la Guerre du Haut-Karabagh, la situation est donc loin d’être stabilisée. Un conflit armé pourrait cette fois avoir des répercussions bien au-delà de la Transcaucasie, car les États-Unis, la Russie, mais aussi l’Union européenne ont des intérêts liés à la région.

Une enclave ethnique arménienne en Azerbaïdjan à la recherche de son autodétermination     

Bien que rattaché à l’Azerbaïdjan par Staline en 1921, le Haut-Karabagh a proclamé son indépendance, après la chute de l’URSS, en 1991. Cette décision s’explique par le fait que la population de cette région grande comme un département français – 11 430km2 – est à 95% arménienne.

Carte représentant la situation à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. (Cliquez pour voir en plus grand)

Aujourd’hui, le Haut-Karabagh n’est pas reconnu internationalement, mais essaye malgré tout d’obtenir son indépendance, ou son rattachement à l’Arménie. L’Azerbaïdjan ne veut pas perdre ce territoire. Le 28 mai dernier, le Président Ilham Aliyev a affirmé qu’une résolution du conflit ne serait possible que si le Haut-Karabagh revenait complètement sous le contrôle de Bakou, et que les forces arméniennes quittaient le territoire. Cette déclaration faisait écho aux propos du Président d’Arménie Serge Sargsian, selon qui une solution serait possible si la souveraineté des arméniens était reconnue.

Face à ces requêtes incompatibles, la solution semble bloquée. Les négociations et la médiation, gérées par l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), sont au point mort.

Un conflit armé entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie pourrait avoir des conséquences bien au-delà de la région.

En 2011, D. Medvedev – alors Président de Russie – avait rencontré plusieurs fois les Présidents d’Arménie (droite) et d’Azerbaïdjan pour parler du dossier Haut-Karabagh.

La Russie est dans une position compliquée par rapport à ce dossier. Un traité la liant à l’Arménie, l’oblige à aider militairement ce pays si il est attaqué. Cependant, Vladimir Poutine est parvenu à développer une relation économique majeure avec l’Azerbaïdjan. Actuellement, 80% des armes achetées par Bakou proviennent de Russie – ce qui représente 4 milliards de dollars depuis 2010. La Russie ne peut pas se passer de cette manne financière. Plus globalement, assurer la stabilité du Caucase, permet de préserver la sécurité intérieure russe.

Les États-Unis et l’Union européenne ont aussi intérêt à assurer la stabilité de l’Azerbaïdjan. Depuis que le pays de l’oncle Sam et l’UE essayent de ne plus dépendre énergétiquement de la Russie, ils importent du gaz et du pétrole azerbaïdjanais. Plus de 850 000 barils de pétrole sont produits chaque jour en Azerbaïdjan. Néanmoins à cause de son économie fragile et de ses infrastructures instables, un conflit prolongé pourrait affecter cette capacité. A terme, il serait difficile pour l’Azerbaïdjan d’alimenter le marché occidental.

Pour compliquer le tout, il est nécessaire de préciser que la Turquie a promis d’assurer la sécurité de l’Azerbaïdjan. La Turquie étant elle-même membre de l’OTAN, on peut se demander si un effet domino pourrait se produire si elle décidait de respecter cet engagement.

En somme, une augmentation des tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, débouchant sur une déclaration de guerre, pourrait entraîner de nombreux pays dans un conflit militaire.

Afin d’éviter un tel scénario, le Groupe Minsk de l’OSCE en charge du dossier – co-présidé par les États-Unis, la France, et la Russie – pourrait jouer la carte de la relation américano-russe.

Les États-Unis et la Russie ont tous intérêt à ce que la région reste stable, et donc le conflit dormant. En encourageant l’Arménie et à l’Azerbaïdjan à mettre en pratique des accords sur lesquels les deux parties s’étaient déjà entendus, la situation pourrait déjà s’améliorer. Les États-Unis et la Russie pourraient utiliser une carotte économique pour forcer les deux Présidents à assouplir leurs positions respectives. Les deux pays ayant besoin des aides économiques, ainsi que des contrats américains et russes, l’idée de ne plus profiter de ces opportunités pourrait les influencer.

L’idée d’une entente entre les États-Unis et la Russie peut paraître surprenante. On sait combien ces deux États sont opposés depuis des décennies. Néanmoins, depuis l’élection de Donald Trump, un rapprochement avec la Russie semble imaginable. Récemment, Vladimir Poutine a refusé de critiquer la décision du Président Trump de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris. Était-ce une façon de préparer le propre retrait de la Russie, ou de préserver une coopération future ? L’avenir seulement dira si l’Administration américaine décide d’adopter une telle ligne pour régler ce dossier. Actuellement, cette stratégie paraît être la moins risquée.

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Étudiante à Sciences Po Bordeaux (Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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