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Le Xinjiang, province chinoise sous pression

 

Le Xinjiang est une province autonome chinoise, située à l’Ouest du pays. Depuis son rattachement à la Chine en 1882, elle est traversée par diverses velléités indépendantistes. Ces dernières sont à l’origine de mouvements djihadistes qui progressent depuis les années 1990. De ce fait, l’État chinois peine à assurer sa mainmise sur la région. Le 27 février dernier, l’État islamique (EI) publiait une vidéo dans laquelle il encourageait les djihadistes chinois à « verser des rivières de sang » dans leur pays.

Depuis des siècles, le Xinjiang est déchiré entre la culture chinoise et turque.

Le Xinjiang n’a pas toujours fait partie de la Chine. Loin de là même. Deux influences culturelles ont déchiré la région pendant des siècles. D’un côté, l’Empire chinois a tenté de s’y implanter sérieusement au début du IIe siècle, mais s’est très vite heurté aux traditions locales et aux rivalités tribales. De l’autre côté, on assiste depuis le Ve siècle à une turquisation de la région. Des dynasties importantes d’origine turque, comme les Gaoches, fondent des systèmes puissants qui participent à l’expansion de leur culture. C’est par cette voie qu’arrive l’islam, au Xe siècle. Les Turcs semblent alors plus implantés que les Chinois dans cette zone majoritairement désertique.
D’ailleurs, des écrits turcs datés du XIIIe siècle font allusion à l’actuel bassin du Tarim, situé en plein cœur du Xinjiang, en le nommant « Turkestan » (pays des Turcs).
Au gré des siècles, la région passe de main en main avant de tomber sous l’emprise de la dynastie Qing (et donc de la Chine) en 1882.

Colonisation intérieure

D’où viennent ces mouvements indépendantistes ? Les Ouïgours, peuple musulman sunnite de rite hanafite et turcophone, sont majoritaires dans la région. Du moins, ils l’étaient encore il y a quelques années. Aujourd’hui, rien n’est moins sûr.

En effet, dans les années 1960, durant la Révolution culturelle, le Parti Populaire du Turkestan Oriental est né, poussé par la Russie. Le KGB voit en effet dans les Ouïgours une occasion parfaite pour déstabiliser leur nouvel ennemi chinois. Cet élan nationaliste, bien que sévèrement réprimé par l’État central, est bientôt remplacé par des mouvements islamistes révolutionnaires des années 1980 (comme le Parti de l’Islam du Turkestan Oriental). Depuis, une frange non négligeable du peuple ouïgour lutte pour son indépendance. En y incluant la religion, ou non. Pour faire cesser ces mouvances autrement que par la force, Pékin a recourt depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale à la stratégie de la colonisation intérieure. Une technique classique, souvent utilisée dans des pays pour dissoudre une rébellion. Le but est de mettre en minorité le groupe majoritaire posant problème, afin que ses revendications ne soient plus entendues. Pékin a donc « poussé » des milliers de Han, ethnie majoritaire du pays, à aller s’installer au Xinjiang. Ils étaient seulement 6% en 1949. Lors du dernier recensement en 1990, les Han représentaient 40% de la population du Xinjiang. Ils représentent même 70% de la population de la capitale de la province, ‎Ürümqi.

Citoyens de seconde classe

Aujourd’hui, un véritable malaise social semble s’être installé sur la province. Il est tout d’abord dû au fait que les Ouïgours sont marginalisés des postes importants dans l’administration. Par exemple, depuis 1949, le poste de secrétaire du PCC du Xinjiang a toujours été occupé par un Han. Leur espérance de vie est plus faible, leur niveau scolaire également. Les Ouïgours sont aussi plus touchés par le chômage. En somme, ils sont considérés comme des citoyens de seconde classe.

C’est précisément ici que le facteur religieux entre en jeu. Une partie de la population s’est peu à peu radicalisée ; une manière de protester contre ces inégalités que leur impose un État central si lointain. Bien sûr, le malaise social ne peut être la seule explication à la vague idéologique djihadiste qui a touché le Xinjiang, mais elle est non négligeable. En réponse à cela, Pékin, au lieu de calmer le jeu a décidé de répondre par la manière forte. Après la vidéo de l’État islamique incitant les Ouïgours à « verser des rivières de sang » dans leur pays, le secrétaire général du parti a été filmé en train de passer en revue 10 000 soldats. La guerre de la communication se retrouve une nouvelle fois au centre de la bataille. Si les attentats que l’on observait en 2013-2014 semblent s’être calmés, le combat est loin d’être terminé. L’État islamique surfe encore sur le déclin du « Parti islamique du Turkestan » (TIP), lié à leur concurrent direct, Al-Qaïda. Les djihadistes faisant partie du TIP sembleraient en effet être « en manque d’activité » en Chine, et sont donc à la recherche d’une nouvelle voie, pour continuer leur lutte. L’EI pourrait alors devenir une excellente solution. D’ailleurs, dans la province d’Idlib, en Syrie, où des zones sont encore tenues par l’EI, des campements entiers de Ouïgours ont été repérés. Preuve que leur présence est bien réelle. Xi Jinping, leader chinois, craint le retour de ces djihadistes. D’autant plus que le Xinjiang est en plein milieu de son grand projet commercial de « route de la soie ».

Des règles strictes pour soumettre les Ouïgours

Une guerre «anti-religion » semble s’être mise en place dans le Xinjiang. Le 29 mars 2017, une liste de quinze nouvelles règles que doivent respecter les Ouïgours du Xinjiang est entrée en vigueur. Elle stipule par exemple qu’il est interdit pour les hommes de porter une barbe trop longue, ou pour les femmes d’avoir un voile trop couvrant. Il est désormais illégal de refuser de regarder la télévision d’État, ou d’écouter la radio du gouvernement. Les Ouïgours sont d’ailleurs sous surveillance policière permanente. Ils sont incités à se surveiller entre eux. Ainsi, à Hotan, une ville du Xinjiang, 275€ de récompense sont promis si l’on dénonce une femme trop couverte.

Il ne semble pas qu’interdire une religion, ou du moins la limiter brutalement, sans diplomatie soit la meilleure solution pour faire face à des idéologies extrémistes. Privilégier le social, prendre en compte les inégalités pour que les habitants aient moins de sources de mécontentements serait peut-être une solution à prendre en compte. Mais elle ne semble pas être d’actualité pour le moment. En ce mois de juillet, les Ouïgours ont été obligés de télécharger une application de surveillance sur leur téléphone portable, de quoi attiser des tensions déjà bien présentes.

About Pablo MENGUY

Journaliste en formation à l'Ecole Publique de Journalisme de Tours, écrit pour "Les Yeux du Monde" depuis décembre 2016.

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One comment

  1. C’est faux de dire qu’il n’y a pas de dialogue social. Aux ouighours sans travail est proposé de réaliser des travaux en ville (planter des arbres,…), en contrepartie d’une somme d’action leur est fourni de quoi ma’ger ou des objets qu’ils choisissent eux memes. De plus, les villages non viables (maison terre cuite, nid à maladie et où vivent les anciens sans argent) sont réhabilités ou détruits pour y construire des logements avec électricité et chauffage. Ces appartements sont fournis gratuitement en nombre au moins equivalent de metres carrés des anciennes habitations. Il faut donc travailler un peu plus pour faire un article complet, au lieu de balancer des articles comme ca. De meme, la langue locale est préservée. Alors c’est sur.. 12 mosquées pour un village, ca fait beaucoup, en retirer quelques unes peut paraitre un peu « oppressant », mais ce n’est pas de l’injuste mesure. Beaucoup de routes sont construites et la région se développe bien. Rien à voir avec les intervention destructrices en Libye n’est ce pas.

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