Législatives japonaises : un nouveau départ calculé pour Shinzô Abe
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Législatives japonaises : un nouveau départ calculé pour Shinzô Abe

 

Shinzô Abe a fait un pari, il l’a gagné. Le 28 septembre dernier, le Premier Ministre japonais a dissous la Chambre basse de la Diète[1] en vue d’élections législatives anticipées, organisées ce dimanche 22 octobre. Désirant officiellement retrouver une légitimité auprès des citoyens dans un contexte de « crise nationale », le chef du gouvernement a obtenu une large majorité avec 313 sièges pour son parti, le Parti Libéral Démocrate, et sa coalition – un chiffre possiblement à nuancer à cause de quelques résultats retardés suite au passage du typhon Lan. Face à une opposition incapable de s’unir, cette victoire s’inscrit dans une stratégie de maintien d’influence appuyée de la part de Shinzô Abe, profitant d’une conjoncture opportune.

Shinzô Abe a renouvelé sa majorité suite aux élections législatives.
Shinzô Abe a renouvelé sa majorité suite aux élections législatives.

Sur les 475 sièges en jeu, plus des deux tiers ont été obtenus par le PLD et son partenaire le Parti Komei. Confronté à une popularité en perte de vitesse depuis des scandales répétés dont celui de Gakuen récemment[2], Shinzô Abe a su réagir afin de sécuriser sa position. Le lancement de missiles par la Corée du Nord ayant survolé l’archipel a notamment été un outil de campagne incontournable. La réputation militariste du Premier Ministre et son attitude ferme vis-à-vis de ce qu’il nomme « la menace nord-coréenne » ont renforcé une légitimité vacillante. Avec une opposition morcelée incapable de s’unir face à un PLD au pouvoir depuis des années, une véritable opportunité se dressait pour le leader japonais en poste depuis 2012. En organisant ces élections et en assurant une majorité des sièges à sa famille politique, Shinzô Abe pérennise son renouvellement en 2018[3].

Néanmoins, le chef du gouvernement s’est montré prudent et humble dans son discours de victoire, en particulier sur le sujet polémique de révision de la Constitution[4]. Selon un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote par l’agence Kyodo, 51 % des électeurs ne font pas confiance à leur Premier Ministre. Le taux de participation s’élève à 53,6 %, le second plus bas depuis 1945. L’opinion publique est donc loin d’être favorable au gouvernement en place et c’est dans l’optique d’obtenir un répit que des élections anticipées ont été organisées.

Les Abenomics attendus au tournant ?

Le bilan pour l’instant incertain des Abenomics, un programme économique en trois axes lancé en 2013 par Shinzô Abe, laisse l’opinion en suspens. Néanmoins, la hausse de la croissance japonaise de 0,5 % entre janvier et mars 2017 a créé une fenêtre favorable pour le gouvernement. Même si toutes les réformes prévues n’ont pas encore été mises en place, cet espoir de sortie de la récession a été favorable au pouvoir en place lors de ces élections législatives. La population a ainsi donné une chance à cette politique.

Le Premier Ministre japonais entend également, via ces réformes, enrayer le vieillissement de la population. Actuellement, 25 % des Japonais ont plus de 65 ans et ce chiffre tend à s’accroître. Il y a donc une diminution de la population active dans un contexte de dette qui, elle, est en augmentation. Face à cela, Shinzô Abe prévoit pour 2019 d’augmenter la TVA de 8 à 10 %, utilisant la marge supplémentaire pour financer la gratuité des crèches et des écoles maternelles. Ainsi, l’objectif est d’inciter les citoyens à faire des enfants. En attendant, on peut prévoir une augmentation future des salaires nippons grâce à des opportunités de négociation accrues pour les travailleurs face au déclin des effectifs et à une immigration inexistante, ce qui pourrait jouer en faveur des Abenomics et du pouvoir actuel. Encore une fois, la victoire du PLD offre un répit et la possibilité de réaliser ces politiques prometteuses.

Cette majorité renouvelée laisse donc entrevoir une longévité exceptionnelle pour Shinzô Abe, dans un pays pourtant en proie à une instabilité politique chronique. Cependant, le choix des électeurs japonais s’apparente plus à un vote par défaut qu’à une réelle confiance renouvelée dans le PLD. La crainte sécuritaire, la division de l’opposition et les résultats en demi-teinte des Abenomics ont fait penché la balance pour le Premier Ministre et son parti, dans un timing finement calculé. La révision de la Constitution, la menace nord-coréenne et la suite des réformes économiques vont être des sujets cruciaux dans les prochains mois de mandat de Shinzô Abe, mandat qui a de fortes chances d’être renouvelé en 2018 au vu de la majorité parlementaire acquise.

[1] La Diète, pouvoir législatif japonais, est composée de la Chambre haute, ou Chambre des conseillers et de la Chambre basse, ou Chambre des représentants. Seule cette dernière peut être dissoute par l’exécutif.

[2] En avril 2017, Shinzô Abe et son épouse étaient soupçonnés d’avoir usé de leur influence et de corruption pour favoriser la construction d’une école aux valeurs révisionnistes et ultranationalistes.

[3] Dans le système politique japonais, le Premier Ministre est nommé par la Diète et confirmé par l’Empereur.

[4] Shinzô Abe projette d’inscrire l’existence des FAD – Forces d’Autodéfense japonaises – dans la Constitution. Une idée qui fait débat car le texte est fondamentalement pacifique, indiquant que le pays ne doit pas entretenir de force militaire. Ces FAD constituent une sorte de flou juridique actuellement.

About Jessy PÉRIÉ

Jessy Périé est journaliste et diplômée d'un Master 2 Géopolitique et Prospective à l'IRIS. Elle est spécialisée dans l'Asie de l'Est, particulièrement sur les questions politiques et géopolitiques.

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