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South Stream et le renouveau serbe dans les Balkans

 

La Serbie garde une mauvaise image auprès de l’Europe depuis le déchirement de l’ex-Yougoslavie. Néanmoins avec le projet South Stream, un gazoduc géant passant sous la Mer Noire ayant pour but de diversifier l’approvisionnement en énergie de l’Europe, Gazprom est en train de donner une nouvelle importance géopolitique à la Serbie. De par l’architecture du gazoduc et son emplacement territorial, la Serbie va devenir un acteur central dans les Balkans dans les années à venir.

Depuis le 1er sommet de l’énergie russo-balkanique de 2007, Moscou ambitionne de devenir le fournisseur de gaz le plus important de l’Europe entière. C’est la logique du projet South Stream, qui devrait avoir une capacité de 63 milliards de mètres cubes de gaz par an, dont la Serbie sera le hub. La Russie et la Serbie entretiennent depuis longtemps des liens étroits, d’où le choix de Moscou d’en faire le pilier du projet. En 2009, Moscou avait déjà accordé un prêt de 1 milliard de dollars et continue depuis 2013 à injecter des millions dans l’économie serbe. Les deux pays ont également signé une alliance militaire début 2013, et la Serbie a rejoint l’organisation du traité de sécurité collective en tant qu’observateur.

Pour la Serbie, ce projet combiné à l’aide russe a un impact considérable sur l’économie. Avec plus de 400 kilomètres de gazoduc prévus sur le territoire, la Serbie assure sa sécurité énergétique (notamment via le réservoir souterrain de Banatski Dvor). Ce gazoduc va entraîner la création de milliers d’emplois, et permettra la rénovation de certaines industries (pétrochimie, industries métallurgiques). La Serbie va trouver sa position stratégique renforcée dans la région puisqu’elle sera la plaque tournante de l’énergie d’ici 2016 en Europe du Sud-Est. Les raccordements alimenteront la Croatie, la Bosnie-Herzégovine mais aussi à plus long terme la Grèce et la Macédoine.

Néanmoins, malgré ses liens forts avec la Russie, la Serbie continue à se tourner vers l’UE. L’ouverture des négociations officielles pour l’adhésion à l’UE a eu lieu mardi 21 Janvier 2014. La Serbie doit donc réussir à manager les deux côtés. Moscou n’a posé qu’une condition politique : pas d’adhésion de la Serbie à l’OTAN. A l’inverse, le Kremlin considère l’adhésion de la Serbie à l’UE comme dans son intérêt car elle pourrait influencer en sa faveur les institutions européennes. La Serbie cherche toutefois à être en bons termes avec l’UE et ne pas passer pour un cheval de Troie russe dans les Balkans. L’accord signé en avril 2013 sur la normalisation de ses relations avec le Kosovo et son éventuelle participation au projet Nabucco vont dans ce sens. La Serbie est donc en train de redevenir une puissance régionale dans les Balkans, avec qui la Russie et l’UE vont devoir apprendre à traiter.

About Léonard LIFAR

est étudiant à Sciences Po Rennes. Passionné d'histoire et de géopolitique, il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis Janvier 2014.

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