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Le Haut Karabagh : un conflit ravivé ?

 

Le 17 mai, les médiateurs français, américain et russe du Groupe de Minsk mandaté par l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) ont du faire face, alors qu’ils se rendaient dans la région du Haut Karabagh, à la colère de manifestants arméniens inquiets que les négociations ne conduisent à d’importantes concessions territoriales en faveur de l’Azerbaïdjan. Cela fait notamment suite à un discours tenu par le co-président américain du Groupe de Minsk, M. Warlick, au cours duquel il énonçait les éléments clés nécessaires à des avancés, parmi lesquels figurait la cession des terres entourant le Haut Karabagh afin de respecter l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan.

Cette région au sud du Caucase est particulièrement instable, notamment du fait du conflit gelé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Le Haut Karabagh, enclave séparatiste arménienne se trouvant sur le territoire azéri est de fait contrôlé par l’Arménie, et soutenue par la Russie. Anciennement partie de l’Arménie à l’époque soviétique, le Haut Karabagh a déclaré son indépendance à l’issue de la Guerre froide. De 1988 à 1994, cet espace a été le lieu d’un conflit qui a fait près de 30 000 morts. La signature d’un cessez le feu le 12 mai 1994, si elle a permis de calmer la situation, elle n’a pas engendré la pacification de la zone. Arménie et Azerbaïdjan s’affronte depuis le long des frontières.  De nombreuses violations des frontières ont ainsi lieu et des coups de feu sont échangés.

Vers un scénario similaire à la Crimée ?

Les échecs du Groupe de Minsk créé spécialement en 1992 pour la gestion de ce conflit larvé, mais aussi de la diplomatie américaine en raison d’une approche stato-centrée du conflit et non assez régionale, entretiennent la situation, voire l’aggrave. Les différents observateurs, diplomates mais aussi chercheurs considèrent cet espace comme instable et sont inquiets face à la radicalisation des positions des différentes parties. Tandis que l’Arménie semble de moins en moins à même d’accepter des concessions territoriales, l’Azerbaïdjan estime de plus en plus que les résolutions et accords internationaux comme plus déclaratoires qu’effectifs ou contraignants.

En conséquence, les deux pays se sont lancés dans une course aux armements et un renforcement de leurs alliances régionales. Le budget de la défense de l’Azerbaïdjan est passé de 163 millions de dollars en 2003 à 3,7 milliards e 2013. Celui de l’Arménie a augmenté de 25% en 2013 pour atteindre 450 millions. Le président Alyiev s’est ainsi targué d’avoir acquis des hélicoptères de transport et de combat, des tanks et des véhicules d’artillerie, et des drones israéliens ont également été  livrés fin 2013 en Azerbaïdjan. Il envisage par ailleurs d’acquérir prochainement auprès de la Corée du Sud des sous marins et des navires de combat. En annonçant en septembre dernier son intention d’intégrer l’union douanière regroupant la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan,  qui deviendra l’Union eurasiatique en 2015, l’Arménie a marqué sa volonté de profiter de la protection russe malgré de longues négociations d’association avec l’UE. Cela n’est pas sans rappeler le scénario ukrainien, à la différence près qu’il ne s’agit pas là de minorités russophones. L’intervention russe ainsi moins justifiée et justifiable. Cela n’empêche pas la Russie de rester arbitre de la situation en apportant, comme lors de la guerre, son soutien aux deux parties.

Autre raison de la lenteur de résolution de ce conflit : ce dossier ne figure pas parmi les priorités de Washington, car moins stratégique que d’autres espaces, ou de Moscou. La Russie, par le soutien qu’elle apporte à l’Arménie tant économiquement que militairement (présence de troupes russes) maintien le contrôle sur le sud du Caucase qu’elle instrumentalise au gré de ses besoins stratégiques. Si pour certains observateurs l’évolution des postures (volontarisme turc,  concentration de l’Iran sur ses évolutions internes) semblent favorables à une pacification réelle à moyen terme, la position russe largement favorable au statut actuel ou encore américaine, paraissent empêcher un tel développement. Cette situation empêche le développement économique et toute coopération régionale dans un espace plein de ressources et de potentialités.

About Jessica SOME

Diplômée en Géopolitique et en Droit Public de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, elle est rédactrice pour les Yeux du Monde depuis août 2013.

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