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L’Islande est-elle européenne ?

 

Cette question se pose traditionnellement pour la Turquie, alors même qu’elle essaie tant bien que mal de se rapprocher de l’Union Européenne depuis 2005. Mais cette question peut prêter à sourire dans le cas islandais. L’intégration de ce pays, situé à la limite du cercle polaire arctique, dans une organisation qui s’est « orientalisée » depuis la chute du Mur de Berlin, mérite plus d’explications.

A vrai dire, depuis quelques décennies, l’Islande joue à cache-cache avec l’UE. Mais c’est véritablement depuis 2008 que l’intérêt du pays pour l’organisation européenne s’est porté, après la douloureuse crise financière qui a coulé de nombreuses banques du pays. C’est ainsi qu’en 2009, le pays s’est porté officiellement candidat à l’adhésion, alors que beaucoup d’Islandais y sont encore bien réfractaires. A leurs yeux, l’UE est un Léviathan qui mettra fin à leur agriculture unique et surtout mettra en péril leurs énormes réserves halieutiques (la pêche y représente 10% du PIB).

La pêche, justement. Les négociations, qui ont commencé hier sous l’œil de la présidence belge de l’UE achoppent sur la question de la pêche. En vérité, l’Islande ne veut pas de concurrence des flottes de pêche étrangères dans ses eaux nationales. Malgré une politique commune européenne sur la pêche (depuis l’Europe bleue de 1983), l’Islande pose comme condition sine qua non de son adhésion une totale responsabilité de ses zones de pêche. En un mot, pas d’ingérence étrangère, fût-elle européenne. N’oublions pas que le même problème s’était déjà posé avec la Norvège, en 1973. Et l’UE souhaite également que l‘Islande stoppe la chasse à la baleine, qui reste une tradition forte du pays. Après la mort annoncée de la corrida en Catalogne, voilà une autre tradition européenne battue en brèche.

Alors oui, l’Islande est certainement le futur 28° membre de l’UE, et ce malgré les énormes dettes contractées (auprès d’Européens, surtout) depuis deux ans. Elle possède un avantage significatif sur les autres prétendants (Croatie, Turquie, etc.) : son appartenance à l’EEE (Espace Economique Européen), permettant déjà des accords divers avec les pays membres de l’UE. Reste à voir si la population sera favorable à cette adhésion, ce qui n’est pas gagné. L’UE, quant à elle, s’ouvrirait une porte vers le Nord, sachant que, très probablement, Reykjavik pourrait être, dans les décennies à venir, un des ports majeurs de ravitaillement dans la route du Nord-Ouest ou du Nord-Est. Mais, en tout cas, cette adhésion pourrait bien marquer une pause dans  «l’ estoxication » européenne.

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d’HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d’un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l’Association Les Yeux du Monde

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