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Chypre : en chemin vers la réunification ?

 

Plus de 42 ans après sa division, Chypre pourrait retrouver le chemin de la réunification. La semaine dernière, du 7 au 13 novembre, les dirigeants chypriotes grec et turc se sont retrouvés au Mont-Pèlerin en Suisse, sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies,  pour poursuivre une série de négociations entamées depuis mai 2015.

Le plan Annan de 2004 prévoyait la mise en place d’un drapeau commun pour représenter la République fédérale de Chypre, avec l’incorporation des couleurs représentatives de la Grèce, le bleu, et de la Turquie, le rouge.
Le plan Annan de 2004 prévoyait la mise en place d’un drapeau commun pour représenter la République fédérale de Chypre, avec l’incorporation des couleurs représentatives de la Grèce, le bleu, et de la Turquie, le rouge.

En juillet 1974, la junte grecque au pouvoir à Athènes tente un coup d’Etat contre le gouvernement chypriote, provoquant l’inquiétude de la minorité turque et l’envahissement de la partie nord de l’île par l’armée d’Ankara. Depuis, Chypre est divisée en deux entités distinctes. Cette invasion a été suivie par des déplacements massifs et forcés de population pour rejoindre la partie du pays correspondant à leur ethnie. La République turque de Chypre du Nord se proclame indépendante en 1983, mais n’est reconnue que par la Turquie.

Plan Annan : une tentative avortée

La principale tentative de réunification de Chypre date de 2004. Le plan porté par Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations Unies, prévoit la création de la République chypriote unie, qui serait une fédération au sein de laquelle les deux Etats (République de Chypre et République turque de Chypre du Nord) seraient conservés. L’ambition était de mettre en place de nouveaux organes de pouvoir au sein desquels les deux communautés seraient représentés soit proportionnellement à leur population (les deux chambres parlementaires), soit de manière égale (Cour suprême), soit alternativement (président et vice-président). Ce plan, discuté avec les deux parties, prévoyait la conservation des constitutions de chacun des Etats, mais l’adoption d’un hymne et d’un drapeau communs. Le plan est soumis au vote référendaire en avril 2004 et est refusé massivement par les chypriotes grecs (76% de NON), malgré la majorité du OUI (65%) parmi l’électorat chypriote turc. L’assurance donnée à la République de Chypre d’adhérer à l’Union Européenne, indépendamment du résultat du référendum, n’a pas incité les Chypriotes grecs à faire des compromis.

Pourparlers et perspectives de réunification

Alors que le pays connaît de graves difficultés économiques (isolement commercial de la partie nord qui ne peut échanger qu’avec la Turquie, dommages collatéraux subis par la zone sud suite à la crise grecque), la réunification semble sur la bonne voie. Les leaders grec, Nicos Anastasiades, et turc, Mustafa Akinci, ont abordé la question épineuse des arrangements territoriaux pour la première fois la semaine dernière. Accompagnés d’Espen Barth Eide, émissaire de l’ONU pour Chypre, ils ont discuté sans heurt et l’idée d’une république fédérale semble être retenue avec insistance. L’un des enjeux majeurs concerne le processus de dédommagement des propriétaires spoliés de leurs biens lors des migrations forcées de 1974. En 2004, le plan Annan prévoyait un montant de 12 milliards d’euros de compensation mais n’avait réussi qu’à rassembler que 500 millions d’euros.

La position d’Ankara est également cruciale dans la perspective de la réunification des deux parties. Le 5 novembre dernier, Mustafa Akinci s’est rendu à Istanbul pour rencontrer son homologue turc, Erdogan, en prévision de la semaine de pourparlers. Il faut rappeler qu’Akinci s’est fait rappeler à l’ordre par la Turquie lors de ses prises de positions contre les répressions menées par Erdogan suite au coup d’Etat manqué. Cette position montre une (timide) velléité de se défaire partiellement de la tutelle turque, nécessaire à la réunification.

La reprise des discussions entre les deux entités chypriotes est prévue pour le 20 novembre prochain, alors que Ban Ki-Moon, secrétaire général actuel de l’ONU, a jugé que « la perspective d’une solution pour Chypre est à la portée » des deux dirigeants.

About Marc GERARD

Etudiant en Master recherche Histoire des Mondes Modernes et Contemporains à l'Université Bordeaux Montaigne. Rédacteur aux Yeux du Monde depuis janvier 2016.

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