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Rétrospective 2016 : La Russie sur tous les fronts

 

L’année 2016 aura marqué pour la Russie une forme de continuité avec 2015. Une continuité à la fois stratégique, géopolitique et économique. Si la Russie s’impose comme une puissance incontournable sur plusieurs dossiers, notamment l’Ukraine et la Syrie, elle n’en reste pas moins fragile économiquement avec un PIB inférieur à celui de l’Espagne. L’économie du pays va pourtant (un peu) mieux avec une croissance très modérée, croissance qui devrait stagner dans les prochaines années entre 1 et 1,5%. Sur le plan médiatique, la Russie aura encore marqué l’actualité internationale cette année, à travers sa présence accrue en Syrie et les différents scandales dont elle a fait l’objet, que ce soit à travers le sport et les preuves d’un dopage institutionnalisé ou encore ses interférences présumées dans la campagne présidentielle américaine.

Sur les terrains militaires, la Russie s’est distinguée en Syrie par deux grandes victoires aux côtés des troupes de Bachar al-Assad. La première à Palmyre contre l’État Islamique en avril dernier, ville retombée depuis dans les mains de l’organisation djihadiste. La seconde victoire abondamment relayée dans les médias est celle d’Alep gagnée contre les rebelles et djihadistes syriens à la mi-décembre. Concernant l’Ukraine, la Russie joue la carte du conflit gelé et des États de facto, comme elle a pu le faire en Géorgie pour les régions séparatistes d’Ossétie et d’Abkhazie. Cependant, cette situation est contraire aux accords de Minsk et nuit au bon rétablissement des relations entre Russes et Européens, rétablissement des relations qui passeraient notamment par la levée des sanctions, elles-mêmes conditionnées par les accords de Minsk.

La perspective de nouveaux partenaires pour la Russie

Une situation qui a eu pour conséquence d’éloigner encore un peu plus le gouvernement russe des chancelleries occidentales, comme l’illustre la visite annulée du Président Poutine en France. Cependant, plusieurs bonnes nouvelles ont éclairé l’année 2016 pour le Kremlin, avec l’arrivée au pouvoir de candidats « pro-russes » en Moldavie et en Bulgarie, ainsi que la victoire du conservateur François Fillon lors de la primaire de la droite française, face à Alain Juppé plus critique envers la politique russe. Un rapprochement entre la France et la Russie est donc imaginable dans l’éventualité où François Fillon serait élu à la présidentielle française. Enfin, la belle surprise pour Moscou cette année, c’est l’élection de Donald Trump. Le candidat républicain était le chouchou du Kremlin face à la démocrate Hilary Clinton très hostile vis-à-vis de la Russie. Cependant, le rapprochement russo-américain s’annonce compliqué, notamment à cause des soupçons de manipulation des élections américaines par Moscou. Barack Obama vient d’ailleurs d’expulser 35 diplomates russes du territoire américain. Un rapprochement certes difficile, mais qui devrait s’amorcer sous l’impulsion de Rex Tillerson, nommé par Donald Trump aux Affaires étrangères. En effet le PDG d’ExxonMobil a déjà travaillé avec la Russie et a même été décoré de L’ordre de l’Amitié par V. Poutine.

La Russie a donc vu son influence s’accroitre en 2016, le coup d’État manqué en Turquie contre le Président Erdogan ayant déclenché son rapprochement avec V. Poutine. Un rapprochement qui permet actuellement la mise en place d’un cessez-le-feu en Syrie, l’occasion pour les deux dirigeants de mettre un bon pied de nez à l’Europe et aux États-Unis. En revanche, le Président russe n’a pas réussi à atténuer le ressentiment de son principal critique : l’opinion occidentale. Bien au contraire, la bataille d’Alep, l’ingérence dans la présidentielle américaine et les scandales de dopage dans le sport russe ont contribué à écorner un peu plus l’image de la Russie en Europe. La situation ne devrait pas s’améliorer en 2017, notamment avec la perspective d’une présidentielle russe qui s’annonce sans surprise.

About Fabien HERBERT

Rédacteur géopolitique pour Les Yeux du Monde. Formé à l'Université Catholique de Louvain, Fabien Herbert est journaliste et analyste spécialisé en relations internationales. Il s'intéresse notamment au monde russophone et au Moyen-Orient.

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3 comments

  1. Bonjour,
    Je découvre l’existence de votre site, et de votre article, en particulier; croyez que je les apprécie, l’un et l’autre, à leur juste valeur.

    • Bonjour à vous,
      Merci beaucoup pour ce commentaire positif !

      • Bonjour Fabien,

        Votre tableau est clair et bien campé. On y trouve tout à la fois la marque de l’expansionnisme russe et le signe de la fragilité économique intrinsèque de la Russie; on y décèle les complaisances occidentales dont bénéficie Poutine, et la nocuité des manipulations dont il est éminemment susceptible.

        On pourrait même se demander si Poutine-le-Cynique ne suppute pas le moment où son « allié » turc sombrera dans un chaos immaîtrisable, en raison des purges délirantes qu’il opère, et des attentats croisés que Daesh et le PKK commettent itérativement sur sol turc…

        F. Mastrangelo

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