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Group of Thirty, les liens entre acteurs externes et décideurs publics sont-ils critiquables ?

 

 

Déjà critiqué pour ses liens avec la banque Goldman Sachs, Mario Draghi se retrouve aujourd’hui au cœur d’une enquête de la médiatrice de l’Union Européenne, Emily O’Reilly, au sujet de ses liens avec le Groupe des Trente.

Mario Draghi et la BCE de plus en plus critiqués pour leurs liens avec le monde de la finance

Le groupe des Trente (Group of Thirty) est un forum de débat dédié aux grandes questions économiques, monétaires et financières. Ce think-tank américain regroupe une trentaine de décideurs et de figures majeures des domaines économique, financier et du monde de la recherche. Il fut fondé en 1978, à l’initiative de la fondation Rockfeller, qui a par ailleurs fourni les fonds initiaux nécessaires à son développement.
Sous la houlette de Jean-Claude Trichet, sont ainsi regroupés des gouverneurs ou anciens gouverneurs de banques centrales (Etats-Unis, Union Européenne, Chine, Inde, Japon, France, Angleterre, Israël), des économistes et universitaires (Kenneth Rogoff, Paul Krugman, Kevin Warsh, Raghuram Rajan), ainsi que des dirigeants actuels de grands établissements bancaires et financiers (J.P. Morgan, BlackRock, UBS, Landesbank, Crédit Suisse).

A raison de réunions bi-annuelles, le groupe des Trente se donne pour mission d’approfondir la compréhension des problèmes économiques et financiers globaux, ainsi que d’examiner les conséquences des décisions des secteurs publics et privés relatives à ces sujets. Plusieurs rapports ont ainsi été produits sur une grande variété de sujets, de la gouvernance de la stabilité financière au financement du développement de l’Europe de l’Est en passant par la question de la durabilité du modèle social européen.
Avec un budget d’environ 1 million de dollars, la puissance de frappe du G30 pourrait apparaître bien inférieure à celle des grands think-tanks et aux grandes fondations américaines comme la fondation Bill & Melinda Gates ou la fondation Carnegie. Cependant, après bientôt quatre décennies d’existence, l’influence de ce groupe ne cesse de croître

Eleni Tsingou, de la Copenhagen Business School a ainsi étudié la question de cette influence sur la régulation ainsi que sur les mécanismes contrôles financiers en vigueur. Pour elle, « le G30 a contribué à l’émergence d’une imbrication de plus en plus grande entre les autorités publiques et privées dans le système financier mondial, et a considérablement renforcé le rôle des intérêts privés dans les fonctions de régulation et de contrôle de ce système. »
En effet, sans remettre en cause la profondeur et la qualité même des travaux publiés par ce cénacle, il convient de s’interroger sur la proximité qu’il entretient entre grands décideurs publics et représentants du monde bancaire. Ainsi, plusieurs membres du G30 sont également membres du Comité de Bâle, régulièrement chargé d’élaborer les nouvelles moutures de l’architecture de régulation financière internationale. Bien loin de « l’autorégulation » et de l’autocontrôle » du système financier défendu par les rapports du Groupe des Trente.

Des liens étroits entre le régulateur et les acteurs majeurs du monde économique et financier sont-ils sources de politiques publiques plus efficientes ?

Car la volonté première du G30 n’est pas de produire des corpus purement théoriques. Les supports du G30 se veulent avant tout opérationnels, et riches en recommandations pratiques destinées « aux acteurs nationaux et internationaux et aux politiques ». Mais qu’en est-il de ces recommandations, qui bénéficient d’une portée relativement importante, car avancées par des professionnels reconnus dans leur milieu ? En effet, la grande majorité des membres de cette assemblée sont eux-mêmes en mesure de mettre en œuvre, ou d’influer dans un sens favorable à la mise en œuvre des mesures préconisées par cette dernière. C’est par exemple le cas de Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne et membre du G30 depuis 2006, alors qu’il était encore président de la banque centrale Italienne.

C’est ce qui a conduit la médiatrice de l’Union européenne, Emily O’Reilly, à ouvrir une enquête contre ce dernier suite à une plainte déposée par l’ONG bruxelloise Corporate Europe Observatory (CEO). CEO a en effet réalisé une étude critique à l’égard de la proximité entretenue entre des représentants de la BCE et des banquiers privés. L’association belge a notamment averti sur le risque de voir des informations internes à la BCE transmises aux banques, que l’institution européenne est censée superviser, lors des rencontres du G30. Il convient alors de se demander si cette enquête interne amorce une plus grande méfiance de la part des institutions européennes à l’égard des groupes d’intérêt, notamment à Bruxelles, où plus de 32.000 lobbyistes, pour environ 30.000 fonctionnaires, sont basés.

De son côté, la BCE a tenu à réagir. Dans une dépêche de l’AFP, elle rappelle la nécessité que l’institution « maintienne un dialogue avec des acteurs externes ». Son porte-parole ajoutant que la BCE considère le G30 « comme un forum pertinent avec lequel discuter, en nous rappelant toujours que nous avons une série de règles et d’instruments pour éviter des conflits d’intérêts, apparents ou potentiels ». En effet, l’indépendance de la BCE ne doit absolument pas signifier son isolement vis-à-vis des acteurs économiques et financiers qui l’entourent. Mais au-delà même de la nécessité d’un dialogue entre la BCE et ces derniers, c’est bien la question de la forme de cette arène de dialogue qui se pose. En effet, plus que les travaux menés lors du G30, ce sont bien l’opacité et l’absence de comptes-rendus de ce forum qui sont aujourd’hui critiqués.

About Bastien LE BARS

Étudiant à l'ESSEC (programme Grande École) et ancien étudiant de Sciences Po Rennes

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