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La Gauche allemande, entre espoirs et refondation

 

Après trois défaites de rang face à la CDU de Merkel aux élections régionales anticipées dans le Schleswig-Holstein, dans la Sarre, et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la gauche allemande nourri d’immenses regrets, et voit ses espoirs de victoire aux législatives de septembre réduites à peau de chagrin. Pourtant des espoirs de recomposition restent permis.

Die Linke et le SPD, les frères ennemis de la gauche allemande

Martin Schulz, candidat social-démocrate à la succession d’Angela Merkel, porte les espoirs de la gauche allemande

La gauche allemande est issue d’une longue série de schismes et de recompositions, et les relations entre les sociaux-démocrates du SPD et les socialistes de Die Linke, ses deux principales formations, furent bien longtemps exécrable. En cause, les actions menées par le SPD au sein du gouvernement (dans une coalition avec les Verts) entre 1998 et 2005. A l’époque, le chancelier Gerhard Schröder avait alors fait voter l’Agenda 2010, une série de réformes libérales qui comprend notamment les fameuses lois Hartz IV. Une trahison pour une bonne partie de la gauche allemande. En réaction, Die Linke est créé en 2007, en fusionnant le Parti du socialisme démocratique (PDS, ex-Parti socialiste unifié d’Allemagne (SED)), et de l’Alternative électorale travail et justice sociale (WASG). Suite à cet épisode, le SPD allemand perd 10 millions d’électeurs en dix ans.

Antimondialisation, Die Linke fait de la redistribution des richesses le fer de lance de son programme, dans une Allemagne qui, cette année encore, bénéficie d’excédents budgétaires records. Die Linke revendique en effet l’héritage de la République socialiste allemande, proclamée depuis le balcon du château de Berlin – deux heures à peine après la proclamation de la République de Weimar – suite à une révolution menée par les Spartakistes et leurs leaders comme Rosa Luxembourg. Nous sommes alors en 1918 et déjà, socialistes et sociaux-démocrates se déchirent. Alors que les premiers réclament un système socialiste, de répartition des richesses et d’accaparement des moyens de productions qui appartiennent alors aux grandes entreprises allemandes. Les sociaux-démocrates eux, préfèrent un régime parlementaire, basée sur le consensus entre les représentants de la classe ouvrière et les conservateurs, les nationalistes, et les patrons. Pour s’assurer le pouvoir, les sociaux-démocrates vont alors engager les corps francs. Des groupes paramilitaires démobilisés suite à l’arrêt des combats en 1918. Nationalistes et antirévolutionnaires, ces groupuscules recrutent au sein même de l’armée allemande. Chargés de mater la révolution à Berlin, ils consolident ainsi les positions du SPD allemand à l’aube de l’entre-deux guerres.

Des divisions historiques aujourd’hui en voie d’altération

La gauche allemande est structurée selon une logique tripartite aujourd’hui propre à la plupart des pays européens. Les sociaux-démocrates du SPD y côtoient ainsi Die Linke, historiquement plus ancrée à gauche, et le parti plus récent des Verts, die Grünen. Ce dernier, créé au début des années 80, possède une force de frappe électorale bien supérieure à son homologue français. Dans le Bade Wurtenberg, au sud de l’Allemagne, la formation dirigée par Cem Özdemir et Simone Peter a ainsi obtenu 30% des suffrages en 2016, et dirige ce Land aux côtés de la droite allemande du CDU. Bien longtemps éclatés, ces trois partis sont cependant aujourd’hui tentés par une alliance pour les futures élections générales de septembre 2017.

En effet, Verts, SPD et die Linke s’entendent désormais pour réclamer un salaire minimum plus élevé, des impôts mieux répartis, d’avantage d’investissements publics et une réforme de l’assurance chômage. Symbole de cette convergence des volontés, en octobre dernier, Sigmar Gabriel (l’ancien secrétaire général du SPD) avait rencontré Oskar Lafontaine, fossoyeur du SPD et fondateur de Die Linke, aujourd’hui dirigée par sa compagne Sarah Wagenknecht.

La réelle inconnue réside plutôt au sein des Verts, divisés entre « Realos », partisans d’une alliance pragmatique avec la CDU, et « Fundis », plus attachés aux valeurs de la gauche. Aujourd’hui mené par Cem Özdemir, et son nouvel homme fort, le ministre-président de Bade-Wurtemberg, Winfried Kretschmann, les Verts ont clairement fait le choix d’une coalition « verte-noire » avec la CDU au niveau fédéral. Mais sur la question des élections à venir, les Verts cultivent le mystère. Une prudence qui se ressent dans le programme proposé par ces derniers, plutôt neutre idéologiquement et centré sur l’écologie et la défense du consommateur, afin de laisser toutes les options ouvertes après l’élection. Car des trois partis de gauche, les Verts sont sans doute ceux qui ont le moins intérêt à voir la CDU et Angela Merkel retourner dans l’opposition.

La CDU en passe de gagner la bataille des Phœnix

Pourtant, l’occasion est historique pour la gauche allemande. Dimanche 19 mars 2017, Martin Schulz, 61 ans, a été élu à l’unanimité à la tête du plus vieux parti d’Allemagne, lors d’un congrès à Berlin. Du jamais vu dans l’histoire du SPD. Une véritable « Schulzmania » comparée à celle suscitée par Willy Brandt dans les années 1970 dans les médias allemands. Son parcours séduit. Fils de policier, ex-alcoolique, sans diplômes, sauvé par la littérature et les jeunesses sociales-démocrates, puis porté à la tête du Parlement européen, Martin Schulz a su s’offrir une virginité électorale en Allemagne. Malgré tout, ses (nombreuses) promesses de campagne restent vagues, et ne promettent d’être détaillées que durant l’été.

A cet égard, les trois élections anticipées en Schleswig-Holstein, en Sarre et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie avaient valeur de test pour la gauche. Des figures comme Hannelore Kraft y avaient donc réalisé une intense campagne. Mais avec trois défaites cinglantes, la gauche allemande subie une énorme déconvenue. Force est de constater que l’effet Schulz n’a pas suffi. Balayée par la CDU, il semble désormais difficile pour la gauche allemande d’espérer pouvoir porter l’un des siens au poste de chancelier de l’Allemagne en septembre prochain.

A l’inverse, la CDU a quant à elle su trouver les ressources pour se réinventer. A titre d’illustration, la campagne dans la région frontalière de la Sarre fut menée par Annegret Kramp-Karrenbauer. Cette jeune figure de la CDU a raflé plus de 40% des suffrages grâce à une campagne personnifiée afin de pas lasser les électeurs allemands. Bénéficiant d’une forte côte de popularité dans ce Land, « AKK » n’a en effet pas voulu lasser les électeurs allemands en s’inscrivant trop dans le sillage de Merkel, au pouvoir depuis 12 ans. Cependant, cette dernière, pourtant mal embarquée dans la campagne à sa propre succession, semble aujourd’hui bénéficier d’un second souffle en même temps que les critiques sur sa politique migratoire qui la visaient se sont vues reléguées au second plan suite à l’annonce d’excédents budgétaires records.

Au petit jeu des résurrections politiques, c’est donc la CDU qui, une fois encore, semble tirer son épingle du jeu.

About Bastien LE BARS

Étudiant à l'ESSEC (programme Grande École) et ancien étudiant de Sciences Po Rennes

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