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En Italie, le gouvernement s’organise face à l’afflux de migrants

 

Depuis 2014, le sol italien a connu plus de 600 000 arrivées en provenance d’Afrique. Un afflux de migrants économiques et de réfugiés tel qu’il a été difficile pour Rome de mettre en place des mesures d’accueil adéquates. Symbole de ce problème, les quelques centres d’accueil du pays, ont vite été débordés. Mais depuis quelques mois, le nombre d’arrivées semble avoir drastiquement diminué.

Marco Minniti, le nouveau Monsieur Police de Rome

En décembre dernier, Marco Minniti s’est vu nommé ministre de l’Intérieur. Cet homme de 61 ans, originaire de Calabre et diplômé de Philosophie, a, face à l’afflux de migrants dans le pays, tâché de mettre en place un plan d’action afin de répondre à cette urgence.
Huit mois après son arrivée, les premiers résultats de ce plan se font sentir. Avec 13 500 arrivées cet été, contre plus de 30 000 l’an passé à la même période, pourtant propice aux départs, comment le gouvernement a-t-il pu limiter les arrivées sur son sol ?

L’Union européenne tarde toujours à s’entendre sur la question des migrants

La première partie du plan de Minniti vise à susciter plus de solidarité européenne sur la question des migrants. De façon très directe, le ministre italien a ainsi réclamé que d’autres pays européens ouvrent leurs ports aux navires de secours des migrants, tout en menaçant de fournir des visas Schengen aux nouveaux arrivants, selon une procédure européenne d’urgence déjà utilisée en 2011. Par ailleurs, lors du sommet qui s’est tenu à Tallin en Estonie sur le sujet début juillet, l’Italie a obtenu le déblocage de 46 millions d’euros en faveur des gardes côtes libyens, ainsi que de 35 millions d’euros pour l’Italie. En outre, Rome a pressé l’Union Européenne de prendre des mesures plus inattendues, comme la suspension des exportations de canots pneumatiques à destination de la Libye.

En parallèle, le gouvernement italien a décidé de faire preuve d’une grande fermeté vis-à-vis des ONG engagées dans les secours maritimes au large de la Libye. Il leur a imposé transparence et coopération, notamment via un code de conduite. Une façon de faire qui suscite des réticences et des oppositions au sein du gouvernement comme en Europe.

La nécessité de trouver des solutions pérennes sur le sol libyen

Enfin, le plan de Minniti suit une logique qui consiste à limiter l’afflux de migrants à la base, c’est-à-dire en Lybie. L’Italie, qui dispose de nombreux contacts dans cette ancienne colonie italienne, a donc tâché de peser de tout son poids pour infléchir le flux des arrivées en Libye. Pour ce faire, Rome peut notamment compter sur les très bons rapports de Minniti avec les services de renseignements, au sein desquels il a officié, ainsi que sur de bonnes relations avec le gouvernement d’Union Nationale de Fayez Al-Sarraj. Grâce à celles-ci, le ministre de l’Intérieur a notamment obtenu que les tribus du Sud de la Libye fassent barrage aux passeurs. Pour aider ces dernières dans cette tâche, le gouvernement d’Union Nationale a par ailleurs renforcé les contrôles aux frontières. D’autre part, concernant les villes côtières, où le trafic de migrants (et d’êtres humains) représente une source de revenus substantielle, les contrôles sont désormais plus réguliers. De la même façon, en mer, Tripoli a intensifié le contrôle des eaux libyennes, et plus d’une centaine de gardes côtes libyens ont été formés par l’Union Européenne, alors que l’Italie leur a fourni des vedettes pour patrouiller

Un plan d’envergure qui ne fait cependant pas l’unanimité, à juste titre. Les migrants sont désormais jetés dans des centres de détention, où le traitement, ainsi que les conditions de vie qui leurs sont réservés s’avèrent catastrophiques. Conséquence directe de ces mesures, beaucoup de migrants se reportent vers d’autres routes migratoires, à travers le Sinaï, ou à destination de l’Espagne, qui elle aussi, a promis d’annoncer des mesures similaires dans les prochaines semaines. En Europe, plus que jamais, c’est la politique du « cachez ce sein que je ne saurais voir » qui prévaut.

 

About Bastien LE BARS

Étudiant à l'ESSEC (programme Grande École) et ancien étudiant de Sciences Po Rennes

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