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La Russie et le scandale du dopage : les enjeux olympiques

 

Le 5 décembre, le Comité international olympique (CIO) a annoncé sa décision concernant la participation des sportifs russes aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang (9 – 25 février 2018). La RUSADA (l’agence russe antidopage) est inculpée pour les abus (non-respect) systématiques des règles d’antidopage. Alors que le Comité olympique russe dénonce vigoureusement ces accusations, les sportifs russes dit « propres » pourront participer aux Jeux olympiques sous bannière neutre uniquement.

Suite au scandale du dopage, les sportifs russes ne pourront participer aux Jeux olympiques de 2018 que sous le drapeau neutre.Le monde sportif dans le contexte des relations internationales

L’affaire de RUSADA trouve ses origines dans le rapport McLaren de 2016, basé, entre autres, sur le témoignage de Mikhail Rodtchenkov, l’ancien directeur de la laboratoire antidopage de Moscou. Il en ressortit que le système de dopage en Russie était institutionnalisé sous l’aval du gouvernement. Alors le président de la commission d’enquête du CIO, Samuel Schmid, a déclaré de ne pas avoir trouvé « la preuve d’une implication directe » du président russe Vladimir Poutine, le scandale de dopage dépasse le cadre d’une affaire purement sportive.

Le monde sportif présente aujourd’hui un système qui ressemble beaucoup à celui des relations internationales. Ce système, où les sportifs jouent le rôle des diplomates, est marqué également par l’existence d’une institution supranationale (le CIO), des mécanismes de contrôle (l’Agence mondiale antidopage) et d’un régime de sanctions (mise au ban, disqualification).

La diplomatie sportive censée être indépendante a de plus en plus du mal à s’inscrire dans le cadre général des relations internationales. Il est vrai qu’aujourd’hui les relations entre la Russie et les États occidentaux se trouvent dans une impasse et sont caractérisées par un haut niveau de méfiance réciproque. La mise au ban de la RUSADA dans le contexte du régime des sanctions auquel est soumise la Russie suite à son intervention en Ukraine ne contribue guère à l’apaisement des tensions. Ainsi, le schisme russo-occidental continue à s’agrandir et le sport se présente comme l’un des vecteurs de l’affrontement. Le côté russe est convaincu que la décision du CIO résulte de la pression politique des pays occidentaux sur le CIO et qu’elle est dirigée contre la Russie en tant qu’État. En même temps le CIO raisonne en termes de respect des règles et défend que la participation de la Russie dans les Jeux olympiques entacherait leur réputation de fair-play.

Un échec de la politique sportive russe?

Dans le contexte de la politisation des Jeux olympiques, ceux-ci présentent un moyen efficace de soft power. Il s’agit de l’événement qui réunit l’audience de presque tous les pays du monde et qui est en soi une exposition mondiale du potentiel sportif, organisationnel et financier des États. Bien que ces derniers temps les États hésitent de plus en plus à prendre en charge les coûts organisationnels exorbitants (les défections des candidatures de Hambourg, Rome, Boston, Budapest), la Russie considère toujours des Jeux olympiques comme faisant partie des ses priorités politiques.

La stratégie sportive russe consiste en l’institutionnalisation du sport au niveau national et en la course aux médailles au niveau international. Elle répond à la fois aux objectifs de la politique intérieure de l’État, contribuant à la crédibilisation à un certain point du gouvernement et à la construction du sentiment national, et aux objectifs de sa politique extérieure, permettant notamment d’affirmer sa puissance et son prestige sur la scène internationale. On a pu observer la culmination de ses efforts au niveau de la politique sportive en 2014, quand la Russie a financé les Jeux les plus coûteux de l’Histoire (37 milliards d’euros) en pleine crise économique.

Cependant l’affaire du dopage a signé un échec de la politique sportive russe, s’agissant en outre des compétitions des sports d’hiver dans lesquelles la Russie est considérée comme une des nations les plus performantes. Désormais, elle se trouve face à un choix stratégique. Dans le cas où elle décide de se conformer à la décision du CIO, jugée humiliante, la réaffirmation de ses positions dépendra dans une grande mesure de la performance de ses sportifs dit « propres ». Au contraire, un éventuel boycott risque de s’inscrire dans la même logique de riposte que dans le cas des contre-sanctions adoptées dans le cadre de la crise ukrainienne et d’approfondir les différends entre la Russie et les États occidentaux.

About Aleksandra BOLONINA

est actuellement doctorante du Centre Thucydide. Diplômée du Master des Relations internationales de l’Université Paris II et passionnée de géopolitique, elle se spécialise dans les zones Russie/CEI et la Chine.

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