Les échos européens de l’indépendance catalane
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Les échos européens de l’indépendance catalane

 

Un mois après la tenue d’élections régionales et la victoire des indépendantistes qui ont remporté la majorité des sièges au Parlement, la Catalogne est toujours au cœur de l’actualité. La situation est tendue entre le gouvernement central et Carles Puigdemont, le leader séparatiste qui a exprimé, depuis Bruxelles, où il s’est exilé fin octobre, sa candidature au poste de Président de la généralité de Catalogne. Alors que le débat d’investiture doit avoir lieu le 31 janvier, le combat des indépendantistes et sa couverture médiatique ont mis en lumière la question des régionalismes en Europe.

Retour sur la crise catalane

Manifestation à Barcelone en octobre 2017 pour soutenir l'indépendance de la Catalogne
Manifestation à Barcelone fin 2017

La Catalogne possède une identité très prononcée : 7,5 millions d’habitants avec leur propre langue, ainsi qu’une histoire distincte qui lui ont permis d’obtenir, en 1978, un statut d’autonomie partielle. Sans jamais avoir cessées, les velléités d’indépendance sont revenues au 1er plan car, malgré la richesse de la région qui représente 20% du PIB national et 25% des exportations, elle fait également partie des plus endettées. Les séparatistes rejettent la faute sur Madrid qui contrôle leur budget et leurs impôts et redistribue en priorité aux régions les plus en difficultés.

Après des années de revendication, les tensions avec le gouvernement espagnol ont atteint des sommets lorsque la coalition indépendantiste, qui a pris le pouvoir en Catalogne en 2015, a bravé la Constitution en organisant un référendum illégal le 1er octobre. 90% des votants ont ainsi manifesté leur soutien pour cette idée mais le taux d’abstention de 60% a été jugé trop élevé pour déclarer l’indépendance. Le Sénat a répondu par la mise en application de l’article 155 de la Constitution qui permet la mise sous tutelle des régions rebelles, la dissolution du Parlement régional et la mise en place d’élections anticipées. Les tensions sont, cependant, toujours telles que l’attention médiatique pourrait augmenter les risques d’écho à travers l’Europe.

Un réveil des régionalismes à travers l’Europe ?

Le silence des dirigeants européens, au lendemain du référendum catalan et des violences policières observées pendant son déroulement, a été plus éloquent que bien des discours. En effet, la question des droits à l’autodétermination est sensible en Europe et, comme cela l’a été souligné dans Le Monde, « il est manifeste qu’aucun pays européen ne veut prendre le risque de légitimer la démarche catalane, au risque d’ouvrir une redoutable boîte de Pandore (…) ».

L’Ecosse arrive en tête des régions vers lesquelles les regards se tournent quand le sujet de l’indépendance est évoqué. Après s’être manifestée en faveur d’un maintien au sein de l’Union Européenne elle plaide, désormais, pour l’organisation d’un nouveau référendum afin de statuer de son sort au sein du Royaume-Uni. Tout comme la Première Ministre écossaise, le président de l’Assemblée corse, majoritairement nationaliste, a dénoncé les violences policières en Catalogne et a comparé l’île de Beauté à la région espagnole avant 2006 et l’obtention de son statut d’autonomie : « Quand la Corse aura un statut économique et politique plus large, je suis persuadé que les Corses choisiront l’indépendance », a-t-il déclaré. D’autres régions telles que la Flandre, le pays Basque ou encore le Pays de Galles doivent composer avec des partis politiques favorables à l’indépendance. Cependant, seules les îles Féroé sont, réellement, en passe d’obtenir ce statut avec l’organisation d’un référendum en avril 2018 afin de décider de quitter, ou non, le royaume du Danemark.

Globalement, les contextes historiques, politiques et culturels inhérents à chacun de ces mouvements régionaux semblent trop différents pour parler d’un réel retentissement à travers l’Europe ou d’une déstabilisation. Au contraire, le scrutin entaché de violences policières et les conséquences économiques, d’ores-et-déjà visibles avec des entreprises transférant leurs sièges sociaux hors de la Catalogne, pourraient, à la fois, refroidir les ardeurs des partis séparatistes et leur porter préjudice auprès de l’opinion publique.

About Chloé JAMES

Chloé James est diplômée d'un Master 2 de l'Institut Français de Géopolitique. Elle s’intéresse de près aux enjeux liés aux risques politiques, notamment en Amérique latine, Afrique et Moyen-Orient. Elle est rédactrice pour les Yeux du Monde depuis janvier 2018.

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