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L’avenir incertain de l’alliance turco-allemande

 

Les tensions entre Berlin et Ankara ne cessent de s’aggraver, fragilisant les relations diplomatiques liant les deux États. Suite à l’arrestation de plusieurs ressortissants allemands en Turquie, le chef de la diplomatie allemande a annoncé une réorientation générale de la politique de Berlin. Depuis le 1er septembre, douze personnes sont ainsi détenues en Turquie pour des raisons « politiques » selon le gouvernement allemand. Depuis le coup d’État manqué de 2016, les relations des deux pays se sont notablement dégradées.

La chancelière allemande lors du sommet du G20 a confirmé ses « profondes divergences » avec le président turc en matière de respect de l’état de droit.

Le premier acte de cette mésentente a eu lieu au sein de la Chambre basse du Parlement allemand, lorsque les députés du Bundestag adoptèrent début juin 2016 une résolution parlementaire reconnaissant le génocide des Arméniens par les forces ottomanes en 1915. En réponse à ce vote, Recep Tayyip Erdogan rappela alors son ambassadeur en Allemagne.

Depuis, la tension s’est cristallisée et les deux parties s’accusent et se critiquent par le biais de déclarations interposées.

Ainsi, alors que Berlin condamne les purges et les violations de l’État de droit lancées par le gouvernement turc, ce dernier accuse Berlin de tolérer la présence de putschistes impliqués dans le coup d’État de juillet et de soutenir les terroristes en refusant de fournir des informations sur des suspects recherchés par les autorités turques. La population turque en Allemagne représente environ trois millions d’habitants et certains militants et partisans du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) vivent au sein de la communauté d’origine turque et kurde de la République fédérale.

Quand la Turquie dénonce une interférence directe dans la justice turque,  l’Allemagne accuse le pays de s’ingérer dans ses affaires intérieures, Erdogan ayant appelé les citoyens d’origine turque en Allemagne à ne voter lors des législatives, ni pour le Parti chrétien démocrate de la chancelière Merkel, ni pour le Parti social démocrate.

Des conséquences économiques immédiates

L’enjeu économique est important pour la Turquie, qui dépend de l’Allemagne, son principal client en terme d’exportation. Ce gel des relations diplomatiques aurait donc des conséquences directes sur le secteur économique puisque la réorientation de la politique allemande va inclure un réexamen de crédits, garanties ou aides financières qu’apporte Berlin aux exportations ou aux investissements d’entreprises allemandes dans le pays. La République fédérale va également réexaminer ses livraisons d’armements prévues à la Turquie et les deux chaînes de télévision allemandes d’information en continu ont annoncé l’arrêt de la diffusion de publicités de promotion de la Turquie sur leur antenne.

Enfin, la position de l’Allemagne a radicalement changé quant à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. En effet, alors que le gouvernement allemand souhaitait dans un premier temps discuter avec ses partenaires européens des fonds que devait percevoir la Turquie dans le cadre du processus de rapprochement avec l’Union européenne, la position allemande s’est durcie depuis le 3 septembre. Angela Merkel a déclaré : « Il est évident que la Turquie ne devrait pas devenir membre de l’UE ».

Le processus est donc sérieusement fragilisé et l’adhésion de la Turquie pourrait être définitivement compromise si la peine de morte est rétablie. Erdogan a en effet déclaré s’attendre à ce que le Parlement approuve le rétablissement de la peine capitale après le référendum sur l’extension de ses pouvoirs.

Vers une réorientation de la politique étrangère turque ?

Le contexte actuel pousse donc la Turquie à réorienter ses priorités stratégiques. Après avoir longtemps opéré des réformes dans l’espoir d’intégrer l’Union européenne, Erdogan souhaite désormais affiner sa politique régionale en se tournant vers ses voisins. Celui-ci a ainsi entamé cet été une tournée dans le Golfe afin d’apaiser les tensions liées à la crise du Qatar. Ce rôle de médiateur permet au Président turc de présenter son pays comme une puissance qui souhaite mettre un terme aux conflits et qui pourrait jouer un rôle de leadership régional. Allié du Qatar mais également en bons termes, notamment commerciaux, avec l’Arabie saoudite, le royaume wahhabite voit toutefois d’un mauvais œil la médiation turque, puisque Riyad souhaite se présenter comme la seule puissance régionale capable d’imposer son hégémonie. 

About Philippine SOTTAS

Étudiante en master de Politique comparée à l’Université de Bordeaux. Particulièrement intéressée par l’étude des régimes politiques et le Moyen-Orient.

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