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Le GNL du Qatar et le gaz d’Azerbaïdjan : bonnes alternatives au gaz russe pour la Turquie ?

 
Ankara à la recherche de nouveaux contrats gaziers
Ankara à la recherche de nouveaux contrats gaziers

Les relations entre la Turquie et la Russie, deux voisins unis par des liens historiques et culturels forts, ne cessent de se dégrader depuis septembre 2015. A l’origine du conflit se trouve l’implication de Moscou dans les opérations militaires contre l’Etat islamique aux côtés de l’armée de Bachar El-Assad. L’attaque du bombardier russe SU-24 en novembre dernier par les forces aériennes turques dans le ciel de la Syrie (Ankara prétend toujours que l’avion russe a été abattu dans l’espace aérien turc qu’il aurait violé) a constitué le point culminant de cette confrontation « media voce », et a coûté cher à la Turquie. Résultat, Moscou a suspendu un grand nombre de projets d’intérêt commun, de l’accord de libre-échange dans le domaine des services et de l’investissement au Programme pour le Développement Economique, Commercial et Scientifique (2016-2020) entre les deux pays. L’énergie qui constitue la colonne vertébrale de la coopération russo-turque, n’y a pas échappée non plus. Ainsi, deux grands projets d’intérêt vital tant pour la Russie que pour la Turquie, tels la construction du gazoduc Turkish Stream sous la mer Noire et celle du site nucléaire Akkuyu sur la côte sud turque, ont été également gelés.

Afin d’éviter des éventuelles ruptures d’approvisionnement énergétique de la part de Moscou (la Turquie étant un gros consommateur d’énergie, les importations de gaz russe couvrent près de 60% des besoins intérieurs du pays), le pays s’est lancé dans la quête de nouveaux marchés d’importation. Dans ce but, le président turc Recep Tayyip Erdogan a multiplié dès décembre 2015 ses visites officielles dans les pays producteurs traditionnels de la zone, à savoir le Qatar et l’Azerbaïdjan pour décrocher des nouveaux contrats de fourniture de gaz.

Une stratégie de substitution

La visite du président turc à Doha le 1èr décembre 2015 a débouché sur la signature d’un Memorandum de compréhension, visant à rapprocher les deux pays dans le domaine de l’énergie et qui prévoit l’approvisionnement stable de la Turquie en gaz naturel liquéfié qatari (jusqu’à présent, ces importations de GNL étant majoritairement réalisés dans le cadre de contrats spot). Les deux parties se sont mis également d’accord sur le développement des terminaux d’importation de GNL, ainsi que des sites de stockage de gaz sur le territoire de la Turquie. Le développement de la filière GNL fait aujourd’hui partie intégrante de la stratégie énergétique turque. Selon l’Agence nationale d’Information « Anatoliya », la compagnie énergétique d’Etat BOTAS vise à augmenter la capacité du terminal de GNL « Marmara Ereglisi » de 34,5 à 43,5 millions de m3 par jour d’ici 2019. En même temps, elle souhaite y installer un 4ème réservoir de stockage de gaz, ce qui augmentera les capacités de stockage de 2,7 à 4,3 milliards de m3 de gaz. Par ailleurs, un investissement de plus de 10 milliards de dollars est prévu pour l’installation de nouveaux sites de stockages de gaz dans les régions de Mersin et Hatay afin d’assurer la sécurité des livraisons.

La Turquie compte également sur l’Azerbaïdjan, producteur majeur de gaz naturel de la région, qui a considérablement accru ses capacités d’exportation suite à la mise en service de la 2ème phase du projet Shakh Deniz dans sa partie de la mer Caspienne. Ce pays turcophone, historiquement et culturellement très proche de la Turquie a traditionnellement voulu se rapprocher de son grand voisin, et ce n’est pas donc par hasard que Ilkham Aliev, le président azerbaidjanais a soutenu la Turquie en lui proposant d’accélérer l’avancement du projet de TANAP, le gazoduc en cours de construction, qui devrait transporter 16 milliards de m3 de gaz azerbaidjanais vers l’Europe dès 2018 (dont 6 pour la Turquie). Bakou est allé jusqu’à proposer à Ankara 40% de réductions sur ses futures exportations de gaz naturel, ce qui offre à la Turquie, outre les taxes de transport, de grands avantages.

Si la recherche par Ankara de nouveaux fournisseurs énergétiques est aujourd’hui présentée comme une part de sa stratégie énergétique, visant à diversifier au maximum ses marchés d’importation (selon l’Agence Internationale de l’Energie, la demande turque en gaz naturel devrait augmenter de 47 d’ici jusqu’à 60 milliards de m3 vers 2020), cette politique demeure, toutefois très limitée dans l’immédiat. Car, d’une part les importations gazières en provenance du Qatar demandent une augmentation substantielle des capacités turques de regazéification, ce qui nécessite à son tour, de gros investissements en infrastructure. Quant au gaz naturel azerbaidjanais, ses exportations par le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum restent limitées, et même si le projet TANAP est mis en exploitation plus tôt que prévu, les 6 milliards de m3 de gaz qui seront disponible pour le marché turc, ne pourront couvrir que le quart de celles que fournit actuellement la Russie (en 2014, la Turquie a importé plus de 27 milliards de m3 de gaz russe).

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