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La multiplication des Etats menace la stabilité du monde

 

Analyser l’état du monde revient à observer le monde des Etats. Aujourd’hui, non seulement leur nombre ne cesse d’augmenter mais les revendications de certaines entités (tribus, ethnies, minorités …) se font de plus en plus violentes.

A l’hiver colonisateur succède le printemps des Etats : ils pullulent, se multiplient.  Il y a cinquante ans, trois quarts des Etats actuels n’existaient pas.  Le XXème siècle, marquée par les chutes des empires Ottoman et austro-hongrois, par la vague de décolonisation, a permis l’émergence de nouveaux acteurs internationaux, des Etats reconnus et légitimes. On croyait ce mouvement éteint. Mais sur les cendres des anciens empires continuent de souffler des vents sécessionnistes, indépendantistes, autonomistes. Pendant que la Belgique officialise son divorce, la Ligue du Nord en Italie prend rendez-vous chez l’avocat. En Europe centrale, le Kosovo, l’Ossétie, la Transnistrie se veulent indépendants. En Chine, les Tibétains et les Ouïghours rêvent de séparation. En Afrique, malgré le principe défini en 1964 par l’OUA d’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, deux Etats sont nés : l’Erythrée, arrachée à l’Ethiopie en 1993, et le Sud Soudan, séparé du Soudan, en 2011. Les Etats se multiplient et les revendications sont nombreuses.

Toutes les conditions sont réunies pour expliquer cette balkanisation du monde. L’ONU recense 5 000 peuples et ethnies. La diversité des langues, des religions, des pratiques tribales, des cultures favorisent cet isolement des communautés. A l’ère du dialogue des civilisations nous assistons à l’essor des communautarismes. D’un côté, les guerres d’indépendance, témoins de la volonté de protection d’une identité menacée. La détermination des peuples animistes et chrétiens du Sud-Soudan contre les volontés gouvernements d’arabiser le pays l’a démontré. De l’autre, les sécessions, témoins d’après Pascal Boniface de la volonté des uns de se séparer des autres jugés trop encombrants dans un climat économique morose. En Belgique, les Flamands veulent se débarrasser des wallons,  endettés et appauvris. En Italie, la Ligue du Nord remet en cause la redistribution de ses richesses vers le Mezzogiorno. Même les plus petits se prêtent au jeu : les îles Féroé, sous souveraineté danoise depuis le XVIème siècle, réclament leur indépendance depuis la découverte d’un gisement off-shore au large de leurs côtes. Et ce n’est pas seulement pour avoir de meilleurs résultats au football !

Cette prolifération étatique est dangereuse pour la stabilité du monde. Ces refus du « prochain » pour mieux vivre avec le « proche » vont entraîner des conflits entre Etats voisins, surtout concurrents. Les séparations à venir n’imiteront pas toujours le divorce  tchécoslovaque pacifique de 1992 car les impératifs de la guerre économique entraîneront les « grands » Etats à privilégier leurs intérêts à la stabilité du monde. L’Europe rêve d’indépendance dans les Balkans pour affaiblir la Russie et diversifier ses fournisseurs pétroliers. L’Amérique et la Chine ne souhaitent pas remettre en cause les frontières africaines pour corrompre les Etats existants et bénéficier, à prix réduit, de matières premières rares. Un autre risque existe : celui d’Etats trop faibles pour survivre. La surface du globe change et le monde tremble.

About Grégoire HALLIEZ

est étudiant à Audencia Nantes après une classe préparatoire économique et commerciale au Lycée du Parc (Lyon).

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