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L’aide publique au développement : débat économique, enjeux politiques (2/2)

 

Après avoir traité dans un premier article des débats économiques autour de l’aide publique au développement (APD), il s’agit dans cet article d’analyser la valeur stratégique de l’APD et son impact sur la géoéconomie mondiale.

l'USaid, au service de la stratégie diplomatique et sécuritaire américaine
l’USaid, au service de la stratégie diplomatique et sécuritaire américaine

L’APD a été mise en place dans le contexte de la Guerre Froide, ce qui a impliqué directement le lien entre développement et sécurité, entre aide et zone d’influence. Le Plan Marshall avait pour but notamment d’endiguer l’expansion du communisme en Europe. Pour les stratèges américains, les pays qui s’enfonçaient dans la pauvreté avaient plus de chance de tomber dans le giron communiste. L’APD devient alors un composant stratégique de la politique extérieure des Etats pour garantir leur sécurité et servir leurs intérêts.

Avec la fin de la Guerre Froide, l’hypothèse d’une fin de l’aide internationale s’est posé avec l’arrêt (supposé) de la rivalité entre le bloc occidental et le bloc de l’Est pour la tentative de contrôle du Tiers-Monde. Mais rapidement, de nouvelles rivalités sont apparues (notamment entre les Etats-Unis et la France pour l’Afrique) accompagnées de l’essor du droit d’ingérence humanitaire. En effet, les opinions publiques occidentales sont devenues plus sensibles aux crises des pays du Sud, accentués par leur hypermédiatisation. De plus, la montée en puissance de l’islamisme radical a remis au centre des préoccupations la lutte contre la pauvreté, réaffirmant le lien entre sécurité et développement.

Comment interpréter l’aide en relations internationales? Le cas de l’US Agency for International Development (USaid)

Plusieurs courants de pensée se divisent sur l’interprétation de cette aide. L’approche réaliste part du principe qu’un Etat est guidé par ses intérêts, et que l’APD est alors un outil permettant de conquérir de nouveaux marchés, de développer son influence. L’approche néo-réaliste fait plus le lien avec l’enjeu sécuritaire, voyant notamment l’APD comme un moyen de récompenser des alliés ou de sanctionner des ennemis. Enfin, l’approche idéaliste considère l’APD comme désintéressée, répondant avant tout à des principes humanistes et démocratiques.

Si l’APD est sans doute le produit de motivations issues de ces différentes approches, elle est souvent pilotée d’une manière allant dans le sens des approches réalistes et néo-réalistes. L’USaid en est un bon exemple. L’USaid est l’organisme gérant l’aide extérieure des Etats-Unis, directe ou via des programmes internationaux. Loin d’être neutre, l’agence dépend du Département d’Etat, rend des comptes au Congrès. Son action doit être guidée avant tout par la promotion des intérêts américains, notamment en écoulant les surplus agricoles. Alors que les organisations internationales et les ONG recommandent de favoriser l’agriculture locale des pays aidés, l’aide américaine est composée à 91% de céréales américaines. Cette technique de l’APD comme outil marketing pour l’acquisition de marchés est efficace. La Corée du Sud a par exemple bénéficié massivement durant les années 50 de l’aide américaine et elle est aujourd’hui le principal importateur de produits agricoles américains. Travaillant avec des ONG proches du Pentagone (type CARE), l’USaid est un instrument de la diplomatie américaine, défendant ses intérêts économiques et permettant de développer son influence.

Toutefois, si pendant la seconde moitié du 20ème siècle les politiques d’aide ont été essentiellement l’apanage de l’Occident, on assiste depuis le début de ce siècle à une nouvelle dynamique Sud-Sud dans ces échanges. Dans les 8 Objectifs du millénaire pour le développement adoptés en 2000, les Etats devaient consacrer 0.7% de leur PNB à l’APD. Ce sont les Emirats Arabes Unis qui sont les plus investis avec 1.17% de leur PIB consacré à l’APD (la France y consacrant 0.36% de son PIB). Les pays du Sud (monarchies du Golfe, BRICS, Turquie) investissent désormais massivement ce champ des relations internationales. On constate donc que malgré les critiques sur son efficacité, l’APD reste un outil prisé des Etats dans le but de se protéger ou de promouvoir leurs intérêts économiques et politiques.

About Léonard LIFAR

est étudiant à Sciences Po Rennes. Passionné d’histoire et de géopolitique, il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis Janvier 2014.

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