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Le land grabbing : un phénomène nouveau et controversé

 

Ces dernières années, en particulier depuis la crise alimentaire de 2007-2008, l’augmentation des prix des denrées alimentaires de base ainsi que des coûts d’importation ont poussé les pays avec une forte pression démographique et des ressources limitées à rechercher une autosuffisance alimentaire délocalisée, en achetant des terres arables à l’étranger. Ce phénomène, qui a donc pris une nouvelle ampleur (l’ONU estime que depuis 2007 plus de 30 millions d’hectares de terres on été achetées ou louées par des capitaux étrangers : fonds souverains ou multinationales), est associé à un processus d’accaparement des terres dans des Etats où la sécurité alimentaire n’est pas toujours assurée, d’où le nom de land grabbing.

L’Arabie Saoudite encourage par exemple l’acquisition (et la location) de terres en Afrique, particulièrement au Soudan. La Chine a aussi fait du land grabbing une de ses priorités : elle investit les terres arables du Laos, du Cambodge et est également très présente en Afrique, notamment au Zimbabwe et en Tanzanie. Si certains voient dans ce phénomène un processus d’accaparement proche du néocolonialisme, il ne faut pas s’y tromper : les contrats de cession  font consensus entre les investisseurs qui cherchent à se protéger des fluctuations des marchés (des denrées alimentaires et des agro carburants) et les vendeurs qui profitent de la rente et s’attendent à un transfert de technologies afin de moderniser leurs techniques agricoles dans une perspective productiviste.

Pourtant ces contrats fonciers se révèlent très inégaux. Non seulement ils enferment les PED dans une situation de rente économique délétère à long terme (l’Ethiopie loue 1 hectare de terre pour 1,5 euro par an) mais ils encouragent également – dans le contexte actuel de crise économique – la spéculation sur les denrées alimentaires. La population mondiale continuant à s’accroître, des groupes capitalistiques, banques d’investissement et autres fonds de couverture ont en effet compris l’intérêt d’investir dans ces contrats fonciers puisque les prix alimentaires demeureront élevés, voire continueront à augmenter. Les transferts de technologies étant rares et la production destinée à l’exportation, la tendance est surtout à l’implantation d’un système agricole tourné vers d’immenses monocultures (parfois OGM), la machinisation et l’usage massif de produits chimiques. Considérer le land grabbing comme un vecteur de développement est donc très discutable. Le principal danger induit par ce phénomène est alors la disparition de l’agriculture paysanne qui nourrit la majorité de la population, et donc la paupérisation de l’ensemble de la population locale. On comprend pourquoi en 2009, lorsque je groupe sud-coréen Daewoo Logistics a voulu racheter la moitié des terres arables malgaches le gouvernement a été renversé par une révolte populaire.

La règlementation internationale est encore extrêmement hasardeuse sur la question du land grabbing,  même si la FAO, la Banque Mondiale, le G8 et certaines entreprises privées cherchent à mettre en place des « codes de bonne conduite ».

About Chloé CAPARROS

Chloé Caparros est actuellement en stage de césure à Hong Kong dans le cadre de son Master à HEC, programme Grande Ecole. Titulaire d’un double-diplôme en Mathématiques Appliquées aux Sciences Sociales (Paris I – Panthéon-Sorbonne), elle est secrétaire de l’association Les Yeux du Monde.

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