Home / Un peu d'histoire / Analyses / L’économie italienne 1895 – 1914 (2/2)

L’économie italienne 1895 – 1914 (2/2)

 
Une Fiat Corsa 1914. La Fabbrica Italiana Automobili Torino (FIAT), emblème de l’industrialisation italienne, a été fondée au tournant du siècle par une poignée d’officers et d’aristocrates passionés de mécanique et reprise un peu plus tard par Giovanni Agnelli.

Il faut souligner que, sur la période,  l’économie italienne reste avant tout rurale. 57% de la population active en 1900 travail pour l’agriculture, secteur dont le bilan économique est plus nuancé. En effet, si des progrès considérables ont été réalisés (la production de blé a augmenté de 80% sur la période), ils se concentrent en grande partie dans le nord du pays (plaine padane) et le centre (Toscane, Ombrie, Marches), caractérisés par le choix de la production intensive (rendements de 20 quintaux par hectare). A l’inverse, le Mezzogiorno est caractérisé par une production latifundiaire extensive, les propriétaires préférant réinvestir leurs revenus dans l’industrie du Nord (ou dans les dépenses somptuaires) que dans la modernisation de leur production. C’est ainsi que l’agriculture italienne se retrouve de manière systémique en sous production de céréales et en surproduction d’huile, de vin et d’agrumes, ce qui grève durement les revenus des cohortes de braccianti (journaliers) et de métayers.

Ces populations, très fragiles, ne sont pas en mesure de supporter le moindre choc : ainsi, à chaque crise menant à une diminution du pouvoir d’achat, on assiste à de véritables émeutes spontanées. Celle de l’été 1914 est emblématique : la crise européenne qui a éclaté au printemps a provoqué l’effondrement du pouvoir d’achat des braccianti et des métayers. Ces derniers se révoltent en Emilie-Romagne, où ils se livrent au pillage des églises et des biens des grands propriétaires, ces derniers procédant, pour se défendre, au recrutement de milices privées. Très vite, le mouvement, très violent,  va s’étendre aux villes (Ancône, Bologne, Ravenne, Florence, Parme, Rome…), et le gouvernement devra faire appel à plus de 100 000 soldats pour rétablir l’ordre.

L’importance du secteur agricole explique ainsi à la fois les écarts de revenu entre l’Italie et ses voisins (le revenu moyen italien représente la moitié du français et le tiers de l’anglais) et entre le Nord et le Sud de la Péninsule (le revenu moyen par tête dans le midi est inférieur de moitié à celui du nord).

Si la croissance et la prospérité de la Péninsule sur la période est notable, il convient donc de la nuancer. L’importance du secteur agricole explique à la fois les écarts de revenu entre l’Italie et ses voisins (le revenu moyen italien représente la moitié du français et le tiers de l’anglais) et entre le Nord et le Sud de la Péninsule (le revenu moyen par tête dans le midi est inférieur de moitié à celui du nord), d’où les très vives tensions sociales qui traversent le pays. Notons également la dépendance italienne aux matières premières étrangères et le contrôle de fait qu’exerce en partie la finance allemande sur l’économie transalpine.

About Sylvain ZUBER

Sylvain Zuber est étudiant en dernière année à HEC Paris. Passionné d'histoire et de géopolitique, il est rédacteur pour Les Yeux du Monde depuis novembre 2011.

Check Also

Le long crépuscule du Maroc français au XXe siècle

 Admiratif et nostalgique d’un pays dont il fut Résident Général comme en témoigne la salle …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.