Qu'est-ce que l'affaire du Rainbow Warrior ?
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Qu’est-ce que l’affaire du Rainbow Warrior ?

 
Le Rainbow Warrior, coulé par la DGSE pour l'empêcher de pertuber des essais nucléaires français
Le Rainbow Warrior, coulé par la DGSE pour l’empêcher de pertuber des essais nucléaires français

A l’heure où les scandales ont la part belle dans l’actualité politique française, revenons ici sur une des affaires les plus dégradantes pour la classe politique ainsi que les institutions françaises durant la Cinquième République : celle du Rainbow Warrior. L’un des acteurs centraux de cette affaire est l’ONG Greenpeace. Rappelons les origines de celle-ci : Greenpeace naquit à Vancouver en 1971 lorsqu’à bord d’un chalutier, une équipe de militants pacifistes et écologistes alla protester contre des essais nucléaires effectués par les Etats-Unis. Une opération fructueuse, qui amena dès 1972 les Etats-Unis à abandonner leurs essais nucléaires atmosphériques. En 1979, Greenpeace devenait déjà une organisation d’envergure internationale.

En juillet 1985, elle voulut s’attaquer aux essais nucléaires français dans l’atoll de Muruora, en Polynésie. Ainsi, elle dépêcha un navire, le Rainbow Warrior, posté dans le port d’Auckland en Nouvelle-Zélande. Le gouvernement français (et même le Président de la République Française, François Mitterrand à l’époque), déterminé à poursuivre ses essais nucléaires, chargea la Direction Générale de la Sécurité Extérieure, soit les services secrets français, de couler le Rainbow Warrior en utilisant des charges explosives sans provoquer de pertes humaines : cette mission reçut le nom « Satanic ». Seulement, lorsque le 10 juillet le plan fut mis à exécution, le naufrage du bâtiment causa la mort d’un passager, un photographe néerlandais nommé Fernando Pereira. Le 12 juillet, les célèbres « époux Turenge » (Alain Mafart et Dominique Prieur), deux agents sur le terrain, sont arrêtés par les autorités néo-zélandaises. Leur véritable identité ainsi que celle de leurs employeurs est vite découverte : le scandale prend alors une dimension internationale.

Pour y faire face, le Président de la République Française charge le Conseil d’Etat de fournir un rapport sur l’affaire, le rapport Tricot, qui met hors de cause le gouvernement français ainsi que la DGSE. C’est sans compter sur les révélations fournies par le quotidien Le Monde. Celles-ci démentent directement les conclusions du rapport Tricot, et amènent le Ministre de la Défense, Charles Hernu, à démissionner,  et le chef des services secrets, Pierre Lacoste, à être limogé. Quant au gouvernement, il devra par l’intermédiaire de son Premier Ministre de l’époque, Laurent Fabius, reconnaître à la télévision l’implication de la DGSE. L’affaire ira même jusqu’à l’ONU. Les deux Etats demanderont à son Secrétaire Général, Javier Perez de Cuéllar, d’arbitrer le règlement de l’affaire. Toujours en ce même mois de juillet, la France sera conséquemment condamnée à déclarer des excuses officielles ainsi qu’à verser une réparation de 7 millions de dollars à la Nouvelle-Zélande.  Par la suite, elle versera 8,16 millions de dollars d’indemnités à Greenpeace en 1987.

Avec l’implication du Président de la République, de plusieurs membres du gouvernement, des services secrets français, ainsi que du Conseil d’Etat qui a couvert leurs arrières dans une opération menée contre une ONG aux intentions pacifistes et écologiques, l’affaire du Rainbow Warrior a jeté un discrédit très fort sur les institutions politiques Françaises, dans l’hexagone comme dans le reste du monde.

About Vincent SATGE

Vincent Satgé est cofondateur du site les-yeux-du-monde.fr ainsi que coprésident de l’association Les Yeux du Monde. Il étudie actuellement à Sciences Po Bordeaux.

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